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Publié par andika

Le retour d'Anna Vinnitkaya à l'auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique le vendredi 16 décembre 2022 était un événement qu'on attendait depuis près de deux ans. Venue pour le concert de rentrée de l'Orchestre philharmonique de Radio France lors de la saison 2020/2021, elle nous avait impressionnés dans le Concerto pour piano n°3 de Serge Rachmaninov sous la baguette de Mikko France. Pour cette saison 2022/2023, il s'agissait du Concerto n°1 du même Rachmaninov, toujours avec le Philhar' mais avec le chef allemand Markus Poschner remplaçant Mikko Franck souffrant. Pour compléter ce programme, toujours Rachmaninov en ouverture avec son Quatuor à cordes n°1, oeuvre de jeunesse au ton résolument romantique. Et pour conclure, le poème symphonie Une vie de héros de Richard Strauss qui fait briller l'orchestre de mille feux.

Affiche du concert

Rachmaninov compose son Quatuor à cordes n°1 en 1889 à l'âge de 16 ans, pendant qu'il recevait l'enseignement musical strict de Nikolaï Zverez. Pour des raisons inconnues, seuls deux mouvements de ce quatuor nous sont parvenus. Une sympathique romance "Andante espressivo" où l'on entend l'influence de Tchaikovski. Dans ce premier mouvement, un peu mélancolique, lyrique, douloureux, c'est le romantisme qui s'exprime, par ces trémolos des archets. Eun Joo Lee et Louise Grindel au violon ainsi que Calra Lefèvre-Pierrot à l'alto et Jérémie Maillard au violoncelle, s'en donnent à coeur joie avec une écoute mutuelle et un équilibre de tous les instants. Le deuxième mouvement, noté Scherzo "Allegro" est plus animé, espiègle et joueur. On apprécie le trio assez sombre et enfin, un rythme qui rappelle parfois une musique un peu plus moderne, dans ce qui évoque parfois une comptine. Une belle entrée en matière.

Rachmaninov compose son premier concerto en 1891, après un été plus ou moins agité. Encore une oeuvre de jeunesse où beaucoup de fougue s'exprime, ce concerto sera révisé en 1917 pour prendre sa forme définitive. Moins joué que les deuxième et troisième, il est néanmoins bien connu des français. En effet, le thème énoncé au piano dans le premier mouvement a longtemps servi de générique à l'émission Apostrophes de Bernard Pivot à la télévision. Dans le premier mouvement, noté Vivace, l'Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Markus Poschner entre avec un son dense et majestueux, plein d'équilibre et d'énergie. Les musiciens sont très réactifs et concernés. L'entrée de la soliste opère un effet magnétique. Tout d'un coup, il n'y a plus que Anna Vinnitkaya sur la scène. Elle s'impose par son intensité et sa puissance avec une descente d'octaves impressionnante. La cantilène du premier thème est lyrique, douloureuse et mélancolique. Ce thème, simple, qui énonce simplement la game de fa# mineur avec des noires en jouant avec l'intervalle de tierces, pose une question qui ne se résout jamais vraiment et reste en suspend tout le long, lors du développement. Vinnitskaya se joue de toutes les difficultés. Les arpèges sont joués avec une clarté délirante, les aigus sont un modèle de précision. Et enfin, sa puissance terrorise dans la vertigineuse cadence du premier mouvement, qui approfondit le premier thème, en nous laissant de nouveau en suspend. Du côté de l'orchestre, le pupitre de cordes est dense, présent, et expose les éléments thématique avec beaucoup d'émotions. Le deuxième mouvement noté Andante est moins intense, mais d'un lyrisme délicieux. Anna Vinnitskaya nous fait entendre un main gauche remarquable dans ce qui ressemble bien souvent à un Nocturne. Enfin, le final étonne par l'immense clarté de la soliste dans des passages pourtant extrêmement périlleux. Les aigus une fois de plus brillent par leur clarté, et l'orchestre est très mordant dans chacune de ses attaques. Un véritable triomphe dans ce concerto, peut-être moins aimé que les deux plus célèbres de son auteur, mais qui n'en mérite pas moins d'être entendu et joué au concert ! Après une interprétation héroïque, véloce et virtuose, Anna Vinnitskaya pour son premier bis opte pour le calme de la Valse n°1 de Scriabine, où on sent une influence de Chopin. Pour son second bis, elle opte pour l'Etude-tableau op 39 n°5 de Rachmaninov, où elle retrouve l'intensité du concerto et expose une fois de plus, tout son merveilleux talent. Nous aurions aimé qu'elle poursuive encore !

Enfin, pour conclure après l'entracte, Une vie de héros (Heldenleben) de Richard Strauss. Oeuvre plus où moins autobiographique où le héros figuré n'est autre que le compositeur lui-même, elle est composée en 1898 et dédiée au chef d'orchestre Willem Mengelberg. Convoquant un effectif orchestral monumental, cette oeuvre glorieuse et puissante ne peut que susciter l'enthousiasme comme le décrivait Romain Rolland: "Je vois des gens frémir et se lever presque à certains passages." Oeuvre intense, mais témoignage également d'une petite pointe de narcissisme du compositeur tant les auto citations y sont nombreuses, elle emporte tout sur son passage. L'Orchestre Philharmonique de Radio France se montre sous son plus beau jour sous la baguette de Markus Poschner. Dès le début, il est très équilibré sur les plans sonores qui comportent souvent dix octaves. Les tuttis sont du plus bel effet et galvanisent effectivement l'auditeur assis sur son siège, quand il entend le thème du héros exposé aux cors et au cordes dans la tonalité glorieuse de mi bémol majeur. Tout au long des six épisodes, la richesse thématique (près de 11 thèmes dénombrés) irrigue la partition. Et à chaque partie, les pupitres se distinguent. Que ce soit les trompettes dans la coulisse, où encore le violon solo de Nathan Mierdl qui décrit la compagne du héros dans la troisième partie avec force conviction et des nuances merveilleuses. Enfin, comment ne pas souligner l'admirable contrepoint de la cinquième partie intitulée les oeuvres de paix du héros, interprété de façon magistrale par le Philhar'. Le plus étonnant catalogue d'auto citations de toute l'histoire de la musique selon Antoine Goléa. Mais cependant, quel plaisir à entendre ! Un concert excellent pour entrer avec courage dans l'hiver. En entendant une telle musique, on est prêt à affronter tous les défis.

Concert disponible à l'écoute pendant un mois sur France Musique

Programme du concert du 16 décembre 2022 à Radio France
ANNA VINNITSKAYA piano
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE
EUN JOO LEE
 violon
LOUISE GRINDEL violon
CLARA LEFEVRE-PERRIOT alto
JÉRÉMIE MAILLARD violoncelle
MARKUS POSCHNER direction

 

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