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Publié par andika

L’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, sous la direction de son nouveau chef Daniel Harding, proposait lundi 13 avril 2026 un programme ambitieux à la Philharmonie de Paris. Si le monumentalisme de Brahms a ouvert la soirée sous une tension fébrile, c’est avec la plasticité et l’éloquence des Variations Enigma que Daniel Harding a véritablement scellé son union avec les musiciens romains, révélant toute la richesse de son jardin secret britannique.

Le Premier Concerto de Brahms n’est pas un simple dialogue ; c’est une « symphonie déguisée », un corps à corps colossal entre le clavier et la masse orchestrale. Daniel Harding, dont on connaît l’affinité élective avec le répertoire germanique depuis son passage à l’Orchestre de Paris, a d’emblée imposé sa marque : un phrasé méticuleux, une direction d'une clarté architecturale et une précision du geste qui ne laisse rien au hasard.

Pourtant, dès l’ouverture du Maestoso, un paradoxe s'installe. Si la battue est limpide, le tempo adopté surprend par son allant excessif. Cette rapidité semble avoir bousculé Igor Levit dès son entrée, le contraignant à une urgence qui sacrifie parfois le lyrisme au profit de la motricité. Face à lui, l’orchestre romain — dont le nom chante si bien à l’oreille — a montré quelques limites dans ce répertoire : on aurait espéré des cordes plus denses, plus de « fondu » et cette épaisseur de texture typiquement brahmsienne qui a ici fait défaut.

C’est dans l’Adagio que le concert a véritablement trouvé son âme. Loin du fracas des cuivres et de la course contre la montre du premier mouvement, le temps s’est enfin suspendu. Profitant d’un tempo plus large, Igor Levit a pu déployer toute la finesse de son jeu. C’est dans cette atmosphère de recueillement, presque religieuse, que le pianiste a révélé son immense talent de coloriste, offrant un moment d’émotion pure et de respiration nécessaire.

Le Rondo final nous a replongés dans une énergie « sur-vitaminée ». Entre feu et glace, Levit a livré une performance de haute voltige, faite de force et de fracas, nécessaire pour exister face à un orchestre galvanisé par Harding. Un final cinglant et virtuose qui, s'il manquait parfois de rondeur, ne manquait certainement pas de panache.

Après ce combat épique, le bis, Intermezzo en la majeur opus 118 n° 2 de Brahms, offert par Igor Levit a agi comme un baume, offrant une accalmie bienvenue et confirmant que, si la tempête brahmsienne fut rude, l’interprète reste un poète du clavier dès que le silence s'impose.

Après l’entracte, le changement d’atmosphère fut radical. Si Brahms avait mis en lumière certaines fragilités de l'orchestre romain, les Variations Enigma d’Elgar ont agi comme un révélateur. Ici, Daniel Harding est dans son jardin. Il dirige cette œuvre avec une science de la narration et une attention aux micro-détails qui confirment sa réputation de grand exégète du répertoire britannique. L'orchestre a fait preuve d'une plasticité remarquable : des bois malicieux dans les variations les plus légères à la solennité de « Nimrod », mené avec une retenue aristocratique évitant tout pathos. Les cordes ont enfin retrouvé cette soif de chant et cette précision d’attaques qui faisaient défaut en première partie, prouvant que la richesse thématique d'Elgar est le terrain de jeu idéal pour la nouvelle collaboration entre Harding et ses musiciens.

Pour clore définitivement ce portrait de l'âme britannique, Daniel Harding a dirigé un "Salut d’Amour" d'Elgar aux rubatos enjôleurs, laissant le public de la Philharmonie sur une note de tendresse nostalgique, loin des orages du début de concert.

Programme du concert du lundi 13 avril 2026 à la philharmonie de Paris

Johannes Brahms

Concerto pour piano n° 1

Entracte

Edward Elgar

Variations Enigma

Orchestra dell'Accademia Nazionale di Santa Cecilia

Daniel Harding , direction

Igor Levit , piano

 

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