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Publié par andika

Vous pensiez avoir tout vu de la noirceur humaine avec Old Boy ou de la tension géopolitique avec JSA ? Park Chan-wook revient, et cette fois, le champ de bataille n'est plus une frontière militarisée, mais le salon d'une classe moyenne qui s'effondre. J'attendais ce nouveau cru avec une impatience non feinte, surtout en sachant que le cinéaste retrouvait Lee Byung-hun, vingt-six ans après leur collaboration sur la zone de sécurité.

L'histoire semble d'une banalité presque effrayante, faisant écho à notre propre réalité de déclassement. You Man-su est un homme qui a tout pour être heureux : une usine de papier où il excelle, une femme aimante, des enfants, une maison. C’est le portrait craché de la réussite domestique. Mais le couperet tombe : il est licencié. Et là, tout bascule. On plonge avec lui dans cette spirale que l'on connaît trop bien depuis les crises des décennies passées : l'anxiété du lendemain, les jobs alimentaires humiliants, la perte de dignité.

Mais nous sommes chez Park Chan-wook, et là où d'autres feraient un drame social larmoyant, lui choisit une voie radicale. Pour récupérer sa vie, You Man-su décide qu'il n'y a « aucun autre choix » que d'éliminer physiquement ses concurrents. C'est ici que le film devient proprement vertigineux. On se demande jusqu’où un homme peut se compromettre pour sauver les apparences. À l'instar de ma propre conviction qu'on ne peut mener une double vie sans se trahir, le protagoniste ici tente l'impossible : rester un père de famille aimant tout en devenant un prédateur froid.

La mise en scène est, comme toujours chez le maître coréen, d'une inventivité folle. Les plans sont d'une limpidité qui contraste avec la boue morale dans laquelle s'enfonce le héros. Le montage dynamique et l'humour noir, parfois grotesque, permettent de faire passer la pilule d'une histoire qui, sous ses airs outranciers, révèle une vérité nue sur la nature humaine : la fin justifie-t-elle vraiment les moyens quand il s'agit de survivre ?

Lee Byung-hun est immense dans ce rôle d'homme ordinaire poussé à l'extraordinaire. On finit par ressentir une empathie dérangeante pour ce « monsieur tout le monde » qui traite le meurtre comme une procédure administrative. C'est un film qui nous revient à la figure, nous rappelant que la frontière entre l'honnête homme et le monstre est parfois aussi fine qu'une feuille de papier. Une œuvre brillante, tragique et terriblement actuelle.

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