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Publié par andika

Notre cher auteur est la nouvelle pièce de la dramaturge Ana-Maria Bamberger. Elle y retrouve ses thèmes de prédilection : le théâtre, la création, la mise en scène — bref, l’art en train de se faire.

Une pièce qui parle de théâtre pratique inévitablement la mise en abyme. Mais ici, le procédé n’est pas gratuit : il devient un outil pour interroger plus largement la création artistique et, surtout, la place qu’on laisse à l’auteur dans l’œuvre qu’il a pourtant initiée.

On suit Anton, dramaturge fatigué des exigences des metteurs en scène et des comédiens, lassé de voir ses textes remodelés, triturés, parfois défigurés. Il décide donc de se tourner vers le roman : là au moins, pense-t-il, le contrôle lui appartiendra. Illusion délicieuse — et évidemment provisoire.

Car Anton, fidèle aux figures tchékhoviennes auxquelles il rend hommage, va se heurter à sa propre inertie. Il croise Serge, comédien et metteur en scène en quête d’un texte à monter avec Mathilde, dont il est amoureux. Mathilde, elle, a d’autres priorités : imposer son beau-fils Bobby dans la distribution. À partir de là, la machine s’emballe.

Ce qui devient fascinant, c’est que le véritable personnage malmené de la pièce, c’est… la pièce elle-même. Celle qu’Anton propose, et que chacun entreprend aussitôt de corriger, d’adapter, d’améliorer — autrement dit de trahir avec les meilleures intentions du monde.

Les scènes sont traversées par un humour vif, parfois grinçant. Les ambitions cachées des uns et des autres font souvent pencher l’ensemble vers un registre proche du vaudeville. Les quiproquos, les calculs et les élans passionnés s’enchaînent avec une efficacité réjouissante. Mais derrière le rire, la question demeure : à qui appartient une œuvre ?

C’est là que la pièce trouve son vrai sel. Elle ne se contente pas de moquer les travers du milieu théâtral ; elle révèle que les motivations des artistes débordent largement la pure création. Amour, ambition, besoin de reconnaissance : tout s’invite dans le processus. Et forcément, cela frotte.

La mise en scène est dynamique, inventive sans être démonstrative. L’écran placé derrière les comédiens enrichit l’imaginaire et donne du contexte avec intelligence. Certaines trouvailles — notamment une danse aussi inattendue que réjouissante — apportent un souffle bienvenu.

La distribution, enfin, est solide de bout en bout. François Legrand compose un Anton désabusé mais jamais amer. Jean-Philippe Azema prête à Serge un mélange subtil d’ambition, de calcul et de naïveté. Marie-Hélène Lentini incarne une Mathilde solaire et déterminée. Quant à François Nambot, il donne à Bobby une fragilité touchante qui évite toute caricature.

Au fond, la pièce suggère que la place du dramaturge n’est peut-être pas seulement dans son texte. Elle est dans son regard. Dans ce qu’il observe du monde, dans ce qu’il absorbe des autres, et dans ce qu’il transforme ensuite en matière artistique.

Et cette conclusion, discrète mais limpide, donne à l’ensemble une portée qui dépasse largement le simple jeu théâtral.

Distribution :
Auteur : Ana-Maria Bamberger
Artises: Marie Hélène Lentini,  Jean-Philippe Azéma,  François Legrand,  François Nambot.
Mise en scène : Jean-Philippe Azéma

Représentation du 10 février 2026, au théâtre La Scène parisienne. 

Le mardi à 19h30 du 20 janvier au 28 avril 2026. Infos et réservations sur le lien en dessous.

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