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Publié par andika

Pour son nouveau film, Christopher Nolan s'attaque à rien de moins qu'à L'Odyssée d'Homère. Si chacun connaît plus ou moins cette œuvre de nom, peu l'ont réellement lue. Votre serviteur ne fait d'ailleurs pas partie de ceux qui connaissent Homère dans le texte. Mais, comme toute grande œuvre mythologique, L'Odyssée irrigue notre culture, ne serait-ce qu'à travers son héros, Ulysse, dont chacun sait que le retour à Ithaque fut pour le moins mouvementé.

Le premier mérite du film de Nolan est ainsi de renforcer la culture mythologique de son public, le tout en un peu moins de trois heures. Pour autant, celui qui n'a jamais lu le poème risque parfois de se sentir perdu. Si l'épisode du Cyclope est immédiatement identifiable, les aventures chez Circé surprennent davantage. Les personnages rencontrés ne sont pas toujours clairement présentés ou nommés ; ils peinent alors à exister en tant qu'individus et deviennent de simples fonctions, autant d'étapes sur la route d'Ulysse. Nolan retombe ici dans l'un de ses travers déjà perceptibles dans Tenet.

La narration demeure toutefois bien plus linéaire. Certes, le récit alterne entre les souvenirs d'Ulysse et ses échanges avec Calypso, qui lui permettent de reconstituer progressivement son périple. Mais, malgré ces allers-retours, l'enjeu reste limpide : Ulysse doit rentrer chez lui, coûte que coûte. À aucun moment le spectateur ne perd le fil.

En revanche, le film peine à transmettre le poids de cette interminable absence. La souffrance d'Ulysse, mais aussi celle de Télémaque et de Pénélope, ne bouleverse jamais autant qu'elle le devrait. C'est d'autant plus regrettable que Matt Damon, Anne Hathaway et Tom Holland livrent tous trois d'excellentes prestations, exprimant avec beaucoup de justesse une souffrance contenue, mais aussi une foi inébranlable dans la possibilité de jours meilleurs.

Christopher Nolan semble pourtant moins intéressé par ses personnages que par la portée civilisationnelle du récit. Il met en avant la loi sacrée de Zeus, qui fait de l'hospitalité un pilier de la société grecque, et montre comment cette valeur est progressivement bafouée, au point de faire planer la menace d'un effondrement moral.

Tout, dans la mise en scène, participe à cette idée d'un équilibre fragile. La photographie froide, la musique discrète, rarement héroïque mais constamment en alerte, ou encore cette réalisation d'une précision presque chirurgicale, qui refuse systématiquement de céder au spectaculaire. À une exception près : les apparitions d'Agamemnon, dont l'aura et le charisme semblent avoir été conçus pour alimenter une infinité de mèmes.

Comme si cette odyssée devait rester à hauteur d'homme, malgré l'intervention constante des dieux. Cette volonté de retenue finit toutefois par desservir certains passages. La séquence chez Hadès, où Ulysse découvre les tragédies qui l'attendent encore, est expédiée presque comme une formalité. Les sacrifices à venir ne produisent qu'un impact limité, tant le film ne prend jamais vraiment le temps de faire exister les compagnons du héros.

Enfin, il est agréable de constater que les polémiques ayant précédé la sortie du film autour de son casting étaient largement sans objet. E.Page comme Lupita Nyong'o excellent dans leurs rôles respectifs. Et même si certains interprètes sont plus métissés que l'image que l'on se fait traditionnellement des Grecs de l'Antiquité, cela ne perturbe jamais la crédibilité du récit.

L'Odyssée est une œuvre dense, réfléchie et ambitieuse. Elle aura au moins le mérite de donner envie à un large public de s'intéresser à l'un des textes fondateurs de notre civilisation. On peut simplement regretter que Christopher Nolan ait davantage cherché à impressionner l'intellect qu'à émouvoir le cœur.

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