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Publié par andika

Je sors de l’UGC Gobelins où je viens de voir L’Inconnu de la Grande Arche. Admirable film de Stéphane Demoustier, dont j’avais déjà beaucoup aimé La Fille au bracelet en 2019.

Le film retrace la genèse de la Grande Arche de La Défense et le destin de son architecte danois, Johan Otto von Spreckelsen. Derrière cette épopée architecturale se dessine la France des années 1980 : le premier mandat de François Mitterrand, ses grandes ambitions culturelles, puis la cohabitation et ses compromis. Demoustier orchestre tout cela avec subtilité, malice et même humour.

Otto von Spreckelsen, architecte scandinave jusqu’au-boutiste, ne transige jamais. À ses côtés, son collaborateur et rival Paul Andreu, interprété avec une grande finesse par Swan Arlaud, incarne la complexité du rapport entre admiration et jalousie. Face à lui, l’acteur danois, Claes Bang, qui joue Otto (formidable de présence) exprime à travers le moindre regard toute la tension intérieure de son personnage, entre fierté, solitude et épuisement.

Michel Fau, en Mitterrand, est quant à lui remarquable : sans jamais tomber dans l’imitation, il restitue cette prestance feutrée, cette manière d’imposer le silence par la seule lenteur de sa diction.

Le choix du format carré (1.33:1), évident rappel à la forme cubique de l’Arche, renforce l’idée d’ordre et de perfection. Chez Demoustier, chaque plan semble pensé comme une façade architecturale. La rigueur des lignes rappelle celle de la musique de Bach, que cite d’ailleurs Otto et qu’il joue à l'orgue dans une scène d’une grande beauté. Bach, c’est la géométrie devenue émotion — exactement ce que cherche Otto en bâtissant son œuvre. Rôle de la géométrie qu'on retrouve également dans The Square, qui avait aussi pour acteur principal Claes Bang.

Mais dans ce tumulte humain se glisse une tragédie. Le cube qui devait être blanc et lisse devient gris et terne. Et si Otto est un génie, Andreu n’est pas qu’un rival : leur confrontation évoque celle de Mozart et Salieri dans Amadeus. Le créateur s’éteint, mais laisse derrière lui une œuvre inachevée, poignante, presque sacrée.

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