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Publié par andika

Sans filtre (Triangle of Sadness en VO) de Ruben Östlund est la Palme d'or du Féstival de Cannes 2022. Le réalisateur suédois remportait ainsi sa seconde Palme d'or après le mémorable The Square en 2017, qui dépeignait le monde de l'art contemporain.

Ici, Östlund s'intéresse au monde de la mode, et plus précisément, des influenceurs qui vivent des publications qu'ils réalisent sur les réseaux sociaux. Après un prologue montrant un casting de mannequins masculins où on débattait sur le degré de sourire qu'il fallait avoir selon la marque. L'occasion aussi de présenter le personnage principal, Carl (hilarant Carl Dickinson). Puis d'introduire juste après le personnage principal féminin, Yaya (la regrettée Charlbi Dean, qui irradie l'écran de son charisme dans ce film). Ces deux éphèbes forment un couple d'influenceurs aux millions d'abonnés sur les réseaux sociaux.

Et le premier chapitre du film, intitulé Carl et Yaya dépeint les rapports de force dans ce couple. D'une banale soirée en amoureux au restaurant va naître un conflictualité. Une tension au sujet de qui doit payer l'addition. Carl, trouve qu'il paye souvent et que au 21ème siècle, ce rôle genré dans un couple devrait être remis en question. D'autant plus que Yaya gagne plus d'argent que lui. De cet échange hilarant nait un rapport de force. Un rapport de force qui est inhérent à la notion de couple et que le réalisateur dissèque avec méticulosité. Les personnages s'ouvrant l'un à l'autre en toute franchise.

Le rapport de force change de nature dans le deuxième chapitre consacré à une croisière de luxe sur un yacht réservé à une clientèle richissime. Et où notre couple d'influenceurs se retrouvé invité. Ici, le rapport de force s'établit clairement entre les clients et le personnel du navire. Ces derniers étants encouragés à être le plus avenant possible afin de gagner les pourboires les plus mirobolants. La galerie des personnages riches est assez intéressantes, même si Östlund use beaucoup d'archétypes. L'oligarque russe devenu milliardaire à la chute de l'URSS grâce à la commercialisation d'engrais. Le couple de britanniques bien propres sur eux qui s'avèrent être les propriétaires d'une société d'armement permettant de défendre les valeurs de la démocratie dans le monde selon eux. Le nouveau riche américain qui a vendu sa société mais qui est assez seul. Dans le personnel en revanche, les personnages sont assez unidimensionnels, hormis l'inénarrable capitaine qui écoute l'internationale dans sa cabine ! De quoi susciter des scènes et dialogues fertiles d'inventivité et de drôlerie. Un américain marxiste face à un russe capitaliste, ça vaut son pesant d'or.

Le film, construit habilement les relations entre les personnages les hiérarchies sociales et montre surtout l'importance de l'image renvoyée. Il est dépeint ici une société bien superficielle où l'apparence compte plus que tout, au détriment du bon sens, ou du respect le plus élémentaire. Et c'est dans ce contexte que le film fait tout valser et met nos personnages dans une situation périlleuse où la nature des rapports de force va changer. Et c'est à ce moment que l'on pense fort à une phrase que des français ont écrite: "Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."Et même si cela date de 1789, c'est encore d'actualité aujourd'hui. Il suffit simplement d'enlever les filtres qui nous obscurcissent la vue pour s'en apercevoir.

Enfin, le film n'oublie jamais de dénoncer les dérives de la société, avec un humour intelligent et une satire féroce d'une certaine indécence. Triangle of Sadness est une oeuvre politique, mais aussi un film maîtrisé, qui laisse au spectateur le soin de se faire sa propre idée des choses et des personnages.

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