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Publié par andika

Il existe un film daté de 1976 que l'on doit à un réalisateur renommé mais tombé un peu en disgrâce ces derniers temps pour une affaire de moeurs dont on a beaucoup entendu parler lors de ces cinquante dernières années. Je parle bien entendu de Roman Polanski et du Locataire. Mais même si on ne peut plus nommer ce réalisateur. Même si nous pouvons êtres voués aux gémonies pour avoir regardé ses films ou pire, les aimer, il, continue d'inspirer ses successeurs.

Car en effet Last Night in Soho du génial Edgar Wright, s'inscrit dans la ligné du locataire. Nous avions quitté le réalisateur britannique avec Baby Driver, polar motorisé à la playlist irrésistible en 2017. Nous le retrouvons aujourd'hui avec un thriller psychologique aux teintes fantastiques. Et il est d'ores et déjà possible de dire qu'il excelle dans les deux genres. Last Night in Soho, c'est l'histoire d'Eloise (superbe Thomasin McKenzie pleine de jeunesse, de sensibilité, de naïveté mais aussi d'une intensité marquante), jeune styliste venue de la campagne du Royaume-Uni. Orpheline de mère, elle suit ses traces dans le monde de la mode, en sentant sa présence étrange, notamment en l'apercevant en visions. Mais pour poursuivre sa voie sur ce chemin, notre héroïne doit aller vivre à Londres afin d'intégrer une prestigieuse école. Et très vite, notre chère Eloise déchante, entre le décalage culturel et rythmique avec ses camarades, diverses incompréhensions, elle en arrive rapidement à la conclusion que la résidence étudiante n'est pas pour elle, qui n'aime rien tant que ce qui est rétro. Que ce soit au niveau vestimentaire ou musical.

Fort heureusement, Eloise trouve un autre logement, une chambre à louer chez la vénérable Mme Collins, retraitée sans histoire interprétée avec panache par la regrettée Diana Rigg. Mais cette chambre n'est pas un lieu anodin, et Eloise ne va pas tarder à avoir des visions, en rêve, d'un passé trouble où une sorte de double, qui a vécu à cet endroit avant elle, évolue. Il s'agit de Sandie (remarquable Ayna Taylor-Joy, qui brille sur chaque plan).

De nombreux thèmes sont ainsi explorés. L'inadaptation sociale d'une jeune fille en proie à des soucis relationnels et des problèmes psychologiques. Le thème du double, avec la mise en parallèle d'Eloise et de Sandie. Mais surtout, le thème de la survie des jeunes femmes dans un milieu urbain, souvent clinquant mais parfois hostile et qui peut rapidement dévorer ses proies toutes crues. Cependant, on note un net contraste entre les scènes du passé, qui amènent une rupture narrative. Mais cette rupture sert le propos du film, en montrant à quel point les temps ont changé. Ainsi, Sandie, jeune femme ingénue qui veut devenir une star de la chanson ne tarde pas à se faire haper par Jack, un agent plus ou moins bien attentionné. Alors que Eloise, croise une majorité de personnages assez bienveillants (à part paradoxalement ses camarades féminines de l'école de mode. Prends ça la sororité !). Son love interest, John (interprété par un Michael Ajao qui ressemble étrangement à Blaise Matuidi) est toujours serviable, à l'écoute, gentil et compréhensif. Mais ce qui pèse sur Eloise, c'est le poids de ce passé lourd dont elle ne parvient pas à se débarrasser. Passer qu'elle n'a pas vécu mais qui pourtant, lui pourrit la vie.

Et c'est ici que le film prend tout son sens. Il n'y a pas de fatalité dans la vie. Même s'il est impossible de réparer le passé, cela n'a pas à influencer pour autant négativement l'avenir. Ainsi, certains y voient un film en phase avec #MeToo là où on pourrait voir au contraire une histoire qui brise le cycle de l'oppression et de l'exploitation des femmes. Car même les pires souffrances n'empêchent pas l'émancipation mais surtout, la société évolue. Cela est criant en observant les personnages masculins, leurs attitudes, leurs postures, leurs gestes, en comparant la partie des années 1960 et la partie contemporaine ( et détail peut-être, mais prendre un acteur noir pour le personnage de John est définitivement quelque chose représentatif de 2021, qui aurait été moins évident en 1960.)

Enfin, la réalisation virtuose d'Edgar Wright est à souligner. La photographie, pleine de couleurs et de néons, qui instaure une atmosphère inquiétante sans jamais ne rien abandonner à l'esthétique. Cependant, contrairement à Polanski, le niveau de paranoïa n'atteint jamais le paroxysme. On sent que quelque chose cloche mais on ne sent jamais pour autant nos personnages en danger et surtout, on doute peut de l'expérience vécue par Eloise. Cependant, ce film est construit sur un twist assez difficile à voir venir et qui est jubilatoire lors de sa révélation. De sorte que Last Night in Soho, bien que pas exempt de tout défaut, est un film qui colle bien à son époque, en actualisant des thèmes porteurs du cinéma.

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