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Publié par andika

Le cap des trente ans est souvent un moment particulier pour tout un chacun (dont votre serviteur). C'est un chiffre qui marque et fait que, même inconsciemment, on commence à dresser un bilan de sa vie, de ses réalisations. Puisque de fait, à trente ans, on s'estime déjà grand, adulte et ce, sans tellement de transition avec la vingtaine bondissante. Que la société nous fait bien sentir également qu'on devenu une grande personne, et qu'on se doit d'afficher les attributs qui vont avec. C'est un thème qui parle à toute personne qui a fêté cet anniversaire particulier et c'est le sujet du seul en scène de la comédienne Margaux Cipriani, mis en scène par Sophie Troise,  à la Comédie des 3 Bornes à Paris.

Margaux Cipriani (©Sandrine Servent)

Du personnel à l'universel

Bien qu'un message nous indique au début de la pièce la ritournelle habituelle selon laquelle: « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » on sent bien qu'on à affaire à une personne vraie et à des situations qui sentent quand même un peu le vécu. Et c'est ce qui frappe, la sincérité et l'authenticité de ce récit à la première personne. Dans un texte au français très écrit sans toutefois être pompeux et artificiellement lourd. Le langage, sans être trop familier (hors humour noir), nous permet de suivre les réflexions de la comédienne à bonne distance. Margaux Cipriani nous parle d'elle, de sa vie, de son parcours, de ses doutes. Mais sans jamais tomber dans le narcissisme ou le voyeurisme. Avec son histoire, elle parle surtout de nous, de notre société contemporaine. Et son récit confirme que le meilleur endroit pour avoir un échantillon de son époque est bien le théâtre. En effet, elle dit fort justement à un moment: "Je parle de moi mais on est tellement nombreux."

Nombreux à chercher sa route, nombreux à avoir affronté des épreuves, à avoir des problèmes avec son corps, à avoir des complexes, des déceptions, des moments difficiles. Nombreux à douter. Nous ne sommes pas que des être de chair et de sang, il y a tout un aspect psychologique et émotionnel dans la personnalité auquel on ne prête pas souvent attention et qui trouve ici une substance. Ainsi, certaines anecdotes sont d'une grande justesse, notamment lorsque la comédienne évoque ses difficultés à ne pas boire d'alcool dans un cadre social. Ses amis ne manquant jamais l'opportunité de lui demander si elle est certaine qu'elle n'en veut pas. Chose assurément vécue par un grand nombre de personnes. Alors même que le Perrier, c'est très bon !

Une mise en scène intelligente

Un des points forts de cette pièce, c'est définitivement la mise en scène de Sophie Troise. Chaque petit espace de la scène est mis à profit. Chaque accessoire trouve sa place. Que ce soit un nain de jardin quelque peu irrévérencieux posé sur une table, la bouteille de Perrier bien placée, ou simplement, l'usage du rideau à l'arrière pour projeter des mots. Et quels mots ! 

La scène va devenir l'instrument du bilan réalisé par Margaux Cipriani, et le fait de lire simplement les mots issus d'une liste permet de bien mieux retenir le message que si on s'était contenté de l'écouter. Ainsi, on apprend qu'à trente an, la to do list idéale serait composée du bonheur, de l'amour, de la famille, d'une maison (dessinée de façon très spécifique), de l'argent et enfin, d'un esprit sain dans un corps sain. Ici, c'est une façon d'aller de l'universel au personnel, car il semble évident que chacun d'entre nous poursuive ces objectifs. Mais Margaux Cipriani a une façon bien à elle de les décliner.

© Jean de Caspevi

Une énergie maitrisée

Cette pièce est tout sauf celle d'une artiste faisant sa psychanalyse sur scène. Bien au contraire. Plus que de réaliser un travail sur elle-même, Margaux Cipriani va vers son public, l'interpelle et surtout, le fait rire. L'humour noir jalonne le texte pour des blagues toutes plus saignantes les unes que les autres. De l'usage qu'il faudrait faire des vieux dans le bus, à la chanson sur la grand-mère qu'on aimerait bien voir mourir ou simplement, un tacle contre les catholiques tendance manif pour tous. Mais nous retenons par dessus tout ce qui traite du sujet de la belle-mère. Mais cette énergie n'est pas que pour les blagues, on la retrouve également pour mieux narrer certains événements, notamment un accouchement où on a l'impression d'y être. Mais là où cette énergie et voire, cette colère, touche le plus, c'est lorsque Margaux Cipriani parle de son métier de comédienne, sa condition d'artiste. De l'investissement que cela représente, des efforts consentis, et de la reconnaissance qui n'est pas toujours à la hauteur. De quoi bien nous faire réfléchir collectivement à ce sujet, et au préjugés qui ont la vie dure à l'endroit des intermittents. 

En conclusion, Quand je serai grande est une pièce riche, profonde, et touchante. Une pièce à partager et à laisser à l'air libre comme le dirait l'auteure. Et bien que Margaux Cipriani affirme dans son texte être une Marion Cottillard qui a moins bien réussi, pour le moment. Elle n'en a pas moins réussi brillament à nous toucher.

Tous les lundis jusqu'au 27 septembre 2021 à 20h à la comédie des 3 Bornes, 32, rue des Trois Bornes, 75011 Paris

 

Quand je serai grande
Auteure : Margaux Cipriani
Artiste : Margaux Cipriani
Metteuse en scène : Sophie Troise

 

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