Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Pages

Archives

Publié par andika

Digger est désormais connu comme étant le flop du duo Tom Cruise – Alejandro González Iñárritu. Et pourtant, nous parlons ici d'un excellent film. Mis en scène avec soin, doté d'une photographie sublime (merci Emmanuel Lubezki), mais surtout porté dans le rôle-titre par nul autre que Tom Cruise. Probablement l'assurance tous risques du box-office depuis quarante ans.

Mais tous ces éléments ne suffiront pas à garantir le succès de ce film, car il prend des risques. Si vous pensez voir une simple parodie d'un méchant capitaliste, avec un Tom Cruise qui cabotine comme dans Tonnerre sous les tropiques, vous risquez d'être trompés. Digger n'est pas une caricature. Digger est un personnage, un reflet, une réflexion sur un drame, sur un aveuglement. Mais pas pour s'en moquer. Au contraire, pour tenter de surmonter le drame d'un monde qui marche parfois sur la tête, sans se soucier des conséquences. Tant et si bien que, lorsqu'elles finissent par s'inviter, il est souvent trop tard.

Alors bien entendu, il y a une dimension parodique, assez facile et premier degré. Le capitalisme prédateur, c'est mal. Détruire la nature pour le profit, c'est mal. Mais si le film s'était limité à cela, il aurait été médiocre et se serait contenté d'être un tract au lieu de faire du cinéma. Fort heureusement, il n'est pas que cela. En utilisant un procédé similaire à celui de Birdman, Iñárritu opère ici une mise en abyme qui lui permet de prendre du recul par rapport à son protagoniste, mais aussi de mettre à distance l'histoire qu'il raconte. Ce dispositif permet ainsi de faire respirer le récit, tout en sollicitant le spectateur, mais aussi les personnages, qui reconstituent chacun en temps réel l'histoire qui est en train de se jouer.

Et Tom Cruise livre ici une performance d'une grande profondeur, une véritable prouesse. Lorsqu'il dépeint un sale type, il ne lui fait jamais perdre son humanité. Mais sa performance est aussi intéressante lorsqu'il semble s'interroger en direct sur ce qu'il est en train d'accomplir. C'est peut-être même là qu'elle devient la plus fascinante. Revers de la médaille, il fait de l'ombre au reste du casting, pourtant excellent : John Goodman en président hilarant, Emma d'Arcy, Sandra Hüller et Jesse Plemons.

Enfin, Iñárritu n'a rien perdu de sa virtuosité, de son sens du cadre, des plans-séquences et du dynamisme de sa mise en scène. En filmant la plupart du temps des dialogues, dans une sorte de théâtre filmé, il ne rend pourtant jamais son récit ennuyeux.

Ainsi, plutôt que de simplement se moquer et dénoncer, Digger permet une véritable catharsis, qui n'est pas sans rappeler 21 grammes. Le film offre en outre plusieurs degrés de lecture, qui continuent de travailler le spectateur à la sortie de la salle. Gageons qu'il parviendra à trouver son public avec le temps.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article