Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Pages

Archives

Publié par andika

Enfin ! Près de sept ans après le sublime Canto Uno, Abdellatif Kechiche retrouve les mêmes personnages, la même ville, la même lumière… sans jamais se répéter. On revient à Sète, mais en septembre 1994. Comme si un été de sept années s’était écoulé entre deux volets de Mektoub My Love.

Amin est toujours aussi solaire, mais il devient ici le véritable protagoniste. Il n’est plus seulement ce spectateur éternel des aventures des autres : il agit, il crée. Ses séances photo, sa volonté de construire un scénario de film autour d’un robot qui devient humain… tout ça l’ancre davantage dans le monde.
Et il faut dire que Shaïn Boumedine, dans ce rôle, est exceptionnel : charismatique, magnétique, il attire naturellement la lumière et incarne Amin avec une douceur presque hypnotique. On comprend immédiatement pourquoi tout le film tourne autour de lui — et pourquoi on ne se lasse jamais de le suivre.

Cette intrigue le met face à deux Américains hauts en couleur, aussi excessifs que parfois caricaturaux, mais qui s’intègrent étonnamment bien dans cet univers sétois de fin d’été.

La mise en scène, elle, reste un bijou. Le temps s’étire, se déploie, et jamais on ne décroche. Une scène peut durer dix minutes, vingt minutes, et garder pourtant cette étrangeté captivante. Un repas gargantuesque englouti goulûment (Kechiche confirme une fois encore sa passion pour filmer la nourriture), une conversation anodine à la plage, une soirée sensuelle qui dérape : tout devient matière à cinéma.

Et surtout, on rit. Beaucoup. Bien plus que dans le premier opus, infiniment plus contemplatif. Ce changement de ton surprend, presque détonne : par moments, on croit entrer dans une comédie estivale, légère, insouciante. Kechiche semble avoir digéré Rohmer (Conte d’été, Pauline à la plage), et s’autorise quelque chose de neuf, de plus joueur.

C’est précisément pour cela que le drame fait d’autant plus mal. En voyant le film, on comprend mieux pourquoi le roman de François Bégaudeau qu'il adapte, s’intitule La Blessure, la vraie. Dans ce Sète de septembre 1994, tout le monde se mélange, tout le monde sourit, tout paraît simple. La notion même de problème semble avoir disparu — surtout pour le couple d’Américains. Et pourtant, dès que le vernis craque, tout s’effondre. Ce monde paisible, festif, solaire devient soudain terne, froid, comme si la fracture sociale, tapie dans l’ombre, revenait réclamer son dû. On est sans doute moins ému que devant Canto Uno, mais on est plus marqué. Plus secoué.

Car Kechiche, discrètement, sans discours appuyé, filme une France qui n’existe plus. Il la laisse basculer, lentement, vers ce qu’elle deviendra trente ans plus tard. Et soyons honnêtes : à la fin de l’été 1994 comme à la fin de l’été 2025, elle est moins belle qu’au début.

Reste à espérer Canto Tre. La patience finit toujours par être récompensée.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article