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Publié par andika

Mikko Franck et l'Orchestre Philharmonique de Radio France continuent leur exploration des symphonies de Mahler. Après une 3ème au festival de Saint Denis en 2016, puis une Titan la même année et enfin, une Résurrection en 2017, les voici de retour avec la Symphonie n°6 en la mineur "Tragique" ce vendredi 18 janvier 2019 à l'auditorium de la maison de la radio. Oeuvre d'une puissance dramatique inouïe, jalonnée entre autres de fameux coups de marteau, elle ne laisse personne indifférent, que ce soient les musiciens ou les auditeurs. Composée en 1904-1905, créée en 1906, elle exprime les tourments de son auteur et préfigure même des drames qui arriveront dans sa vie, comme par exemple la mort de sa fille. Ainsi, le surnom "Tragique" n'est pas galvaudé.

Orchestre Philharmonique de Radio France à l'issue du concert à la maison de la radio

Orchestre Philharmonique de Radio France à l'issue du concert à la maison de la radio

Alors, comment allait s'y prendre Mikko Franck pour gérer ce lourd passif ? Ce qu'il faut savoir de Mikko Franck, c'est qu'il s'agit d'un personnage haut en couleurs, assez fantasque et doté d'un humour assez bon. Cela se voit lorsqu'on l'observe en répétition quand il demande aux violonistes de jouer en souriant, et même parfois lors des concerts. Et cette personnalité s'est fondue de manière assez étonnante avec cette partition assez lourde. Ce qui en résulte, une version unique, résolument différente des interprétations des orchestres de Paris et de Cleveland

Et ce dès les premières mesures de l'Allegro energico. Le tempo a beau être allant, il n'étouffe pas. Plutôt que de vouloir instaurer une ambiance suffocante, Franck nous fait entendre à quel point cette musique est charmante. Beaucoup de clarté et de légèreté aux cordes, beaucoup de couleurs aux bois qui jouent fièrement pavillon levé, des cuivres rutilants disposé de part et d'autre de la scène, les cors étant placés à la gauche du chef, les trombones, trompettes et le tuba à droite, ces instruments étant séparés par les timbales au milieu. Ce qui produit des effets de stéréophonie très intéressants. Ainsi, le premier thème en la mineur n'est plus cette chose qui crée parfois le malaise mais devient agréable tout en gardant sa puissance, là ou le second thème attribué à Alma (épouse du compositeur) gagne encore en charme. Après ce premier mouvement, un petit incident est venu pimenter la soirée. Un des timbaliers interrompant le chef à cause d'une avarie sur son instrument. L'interruption a été un peu longue, le chef a même brièvement quitté la scène, mais il a rapidement été rappelée par la joueuse de célesta. Cela tombait très bien car il aurait été dommage de ne pas entendre ce Scherzo placé en II pour le plus grand bonheur de certains. L'ambiance est assez peu macabre, mais teintée d'une ironie entêtante, avec ce contrepoint limpide. Le tempo est lancinant, pas très rapide ce qui rend ces notes répétées assez inquiétantes même si l'ensemble est étonnamment joyeux et qu'on voit le chef sourire. Peut-être est-ce parce qu'il s'amuse de ces rythmes et enivrants bien articulés, ou par appréciation de ce trio bien grinçant avec le hautbois d'Olivier Doise. En tout cas, la complicité entre la flûte solo Magali Mosnier et son voisin Olivier Doise est belle à voir. 

L'Andante quant à lui est d'une douceur infinie. Cette manière d'attaquer doucement les phrases aux cordes fait ici pleinement effet. Cette légèreté prend le temps de se poser, d'admirer ces paysages décrits, notamment par ces cloches de vaches qui sont employés ici par le compositeur. Cela est dans la continuité de ce qui précède au niveau du ton. Soulignons ici le beau cor solo.

Le Finale, noté Allgro moderato, montre une fois de plus beaucoup de légèreté aux cordes. Ce parti pris d'interprétation permet d'entendre des choses, notamment ces harpes qui dialoguent avec le tuba. La souplesse de la direction permet également d'entendre des taillages parfaits, notamment lorsqu'à un moment les cordes récupèrent la parole juste après une phrase des cors de la manière la plus naturelle du monde. Mais cette souplesse disparaît peu à peu, et le texte s'impose pour enfin installer le fracas qu'on attendait de puis le début. Plus on avance vers la fin, plus l'ensemble est sinistre, plus on joue fort, ces coups de marteau, ce la mineur, ces nuances. Mikko Franck organise enfin le chaos pour nous faire encore une dernière plaisanterie.

La tragédie peut s'exprimer de plusieurs manières. Soit par le drame constant, avec une certaine morbidité. Mais un clown triste n'est-il pas aussi tragique ? C'est ce que laisse supposer cette interprétation unique qui tout en respectant scrupuleusement la partition, en fait quelque chose de charmant pour créer un contraste plus fort lorsque le drame inévitable arrive enfin. On n'étouffe définitivement pas durant cette 6ème, et pourtant, on en est encore plus certainement sonné à la fin, d'où ce long silence dans la salle après le dernier accord. Unique.

Programme du concert

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