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Publié par andika

Lundi 11 mars 2019 se tenait à la Philharmonie de Paris le second concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio France pour fêter l'anniversaire des 80 ans de Yuri Temirkanov. Après une soirée 100% Chostakovitch, il était maintenant temps d'entrer dans le répertoire germanique, avec tout d'abord le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 61 de Beethoven, puis la Symphonie no 4 en sol majeur de Mahler. Pour cette tâche, le remplaçant de Temirkanov était le chef allemand Michael Sanderling. Le soliste pour le concerto était le violoniste Gil Shaham, et la soprano accompagnant l'orchestre dans la symphonie était Rachel Harmisch.

Le concerto pour violon de Beethoven est l'unique tentative du compositeur dans ce genre, là où il en a laissé cinq pour le piano. Mais quelle tentative ! Concerto unique, qui a des proportions assez considérables. Une grande richesse orchestrale et une partie soliste marathon. Composé en 1806, il ne s'est pas imposé immédiatement mais au fil du temps, il a pris toute sa place dans le répertoire. Divisé en trois mouvements, il commence par une introduction orchestrale assez conséquente dans le I, Allegro ma non troppo. Sanderling dans une direction énergique propose du caractère et du poids aux cordes, mais aussi beaucoup de chant avec un legato très charmant. En opposition au charme, la direction offre du contraste avec des effets assez abrupts, voire violents. L'orchestre beethovénien est bien en place. De son côté, Gil Shaham est dans ses petits souliers. Énergique, précis, virtuose, un bel emploi du vibrato qui offre un son ample emplissant la philharmonie. Le soliste a également une belle maîtrise des nuances. Dans sa cadence très polyphonique, il récapitule tous les thèmes avec un jeu vertigineux. Et avec le sourire, et une grande tendresse, notamment dans un dialogue entre le violon et le basson solo. Une salve d'applaudissement part du public à la fin du premier mouvement, qui est même encouragée par Gil Shaham, malgré les "Chut" qu'on peut entendre ici et là. Le II, Larghetto, est proposé par le chef dans un tempo bien large. L'orchestre est uni, les attaques sont douces, le phrasé élégant. Le son est soigné, avec des cordes allégées. Le dialogue entre l'orchestre et le soliste est tendre. Mais de cette unité ressort parfois des voluptés, comme par exemple le basson de Jean-François Duquesnoy, ou ces cordes en pizzicato lors d'un dialogue avec le soliste.  Enfin, le Finale Allegro est joyeux, enlevé et Gil Shaham semble beaucoup s'amuser avec ce thème qui revient sans cesse dans ce rondo festif. L'orchestre récupère le thème avec gourmandise. Le soliste donne tout avec un cantabile de toute beauté. Tout semble facile en regardant ce violoniste. Une énergie folle traverse la salle dans ce final, et c'est un triomphe pour Gil Shaham et l'orchestre. Le soliste revient par la suite pour deux bis. Le premier est une gavotte de Jean-Marie Leclair, où il invite Nathan Mierdl, le premier violon de l'orchestre, à jouer avec lui. Charmant thème où le musicien du philhar' est assez mis en valeur. Le second bis est une gavotte de Bach.

Après un long entracte, du notamment à un flottement avec le cor solo (qui a son importance dans la 4ème de Mahler) l'Orchestre Philharmonique de Radio France est de retour sur scène au grand complet pour interpréter la Symphonie n°4 de Mahler. Composée entre 1899 et 1900 et créée à Munich en 1901, il s'agit d'une partition chantante, bucolique, apaisée. Un peu la suite directe de la troisième, elle a toutefois une orchestration plus légère et des dimensions moins conséquentes. Elle fait intervenir une voix de soprano dans le quatrième et dernier mouvement pour chanter un extrait de Des Knaben Wunderhorn, qui aurait eu sa place en septième mouvement de la troisième symphonie. Le premier mouvement, noté Bedächtig. Nicht eilen. Recht gemächlich (Prudent. Sans presser. Très confortable) est joué dans un style très viennois par l'orchestre. Du chant, de la légèreté, des couleurs, notamment au travers d'une petite harmonie bucolique à souhait. Soulignons également le soin apporté aux nuances par le chef, qui a une palette assez étendue. Il est vrai que dans le grande salle de la philharmonie, il est possible d'être audacieux de ce côté là, surtout lorsqu'on dispose d'un orchestre qui répond présent. Les textures proposées sont vraiment dépaysantes et très plaisantes.  Dans le II, In gemächlicher Bewegung. Ohne Hast (Dans un tempo confortable. Sans hâte), le violon solo désaccordé de Nathan Mierdl est timide, et plutôt que de ressortir, il se fond dans l'unité de ce mouvement troublant. Ce qui va grincer ici, c'est davantage la petite harmonie, notamment la petite clarinette. Et malgré le souci initial du cor solo et l'emploi d'un instrument de substitution, il s'en sort formidablement bien dans cette partie. Le III, noté Ruhevoll (Tranquille), est un formidable Adagio. La douceur des cordes, la science du vibrato, la gestion des effets, la compacité du son malgré toute la richesse de la polyphonie et enfin, certains solos comme celui de la remarquable Hélène Devilleneuve au hautbois, font de ce mouvement un grand moment d'émotion. Rachel Harmisch a eu le temps d'arriver discrètement sur scène entre temps pour venir chanter sa partie. Le programme du concert précisait qu'elle était diminuée par une infection respiratoire aigüe et malgré cela, elle est quand même venue assurer la représentation. Évidemment, il manquait des choses dans son chant dans ces conditions, notamment le côté enfantin et naïf de cette vie céleste contée. Mais tout de même, de très beaux aigus (Die Englein, die backen das Brot), beaucoup de charme et un véritable recueillement. L'orchestre quant à lui est resté assez vigoureux dans ses réponses à la soprano. Par conséquent, rien de quoi diminuer la qualité de ce concert qui s'est terminé par une véritable ovation. 

Michael Sanderling a montré une véritable maîtrise de ce répertoire dans ce second concert anniversaire d'un chef qui n'a pas pu venir. L'Orchestre Philharmonique de Radio France était dans un grand soir, malgré les nombreuses péripéties qui sont venues jalonner la soirée. Une fois de plus, il n'a pas fait le déplacement à la Philharmonie pour rien.

Concert diffusé le 18 avril à 20h sur France Musique

Programme du concert

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