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Publié par andika

Terrence Malick est de retour. Et son dernier film fleuve de près de 3 heures s'intéresse à l'histoire vraie de Franz Jägerstätter, un fermier autrichien, objecteur de conscience, qui refusa de répondre à l'appel de l'armée du IIIème Reich en 1943 car il ne voulait pas jurer fidélité à Adolf Hitler. A l'époque, chaque appelé devait se résoudre à effectuer cette formalité, même s'il était amené par la suite dans un poste à l'arrière, comme par exemple dans un hôpital.

De nos jours, cela semble évident que la bonne chose à faire dans pareille circonstance est de refuser de prêter serment à Hitler. Mais tel n'est pas le cas dans l'Autriche du début des années 1940 où de plus en plus de personnes sont séduites par le national socialisme, même dans un petit village reculé des alpes autrichiennes comme Radegund. Mais même à cette époque, des personnes clairvoyantes ont su se lever contre ce mal absolu et le refuser. Un Elser par exemple a pu tente d'assassiner Hitler. Franz ici, offrira une résistance intérieure, avec sa haute force morale et sa foi chrétienne inébranlable.

Et c'est ici que l'on tombe dans l'une des obsessions de Malick. Le rapport de l'Homme à Dieu et à la divinité en général. Dans de nombreux plans, un crucifix apparaît à l'écran. Sa façon de filmer les personnages fait également très souvent apparaître les alliances qu'ils portent dans le cadre. Afin de montrer leur engagement dans le sacrement du mariage, sous l'égide de Dieu. Et plus largement, au fur et à mesure que le film avance, on se rend compte à quel point l'itinéraire de Franz est christique. Toutes les épreuves et humiliations qu'il traverse alors qu'il lui suffirait de se soumettre pour être libéré.

Et ces enjeux d'une gravité extrême contrastent tellement avec la quiétude de l'ambiance. La plupart du temps, Malick magnifie la montagne autrichienne, la vie dans les champs, le travail du sol, avec les semences, le labourage. Il nous montre les cours d'eau, les fleuves, les arbres, le ciel, la terre. Rien dans cette campagne autrichienne ne laisse deviner l'horreur du nazisme hormis ces croix gammées portées discrètement par certains notables, ou plus insidieusement la présence d'uniformes et de bottes.

C'est également une superbe histoire d'amour entre Franz, joué avec beaucoup d’intériorité par August Diehl, et sa femme Franziska interprétée par une intense Valérie Pachner. La présence de la voix off, notamment pour dépeindre leur relation épistolaire, fait naître peu à peu une grande intimité entre le spectateur et leur histoire, et décuple les émotions proposées. On regrettera toutefois que le film ait été tourné en anglais, bien que lorsque les dialogues ne sont pas au centre d'une scène, ils sont bel et bien en allemand, en fond sonore.

Malick, le philosophe, parvient à rendre son discours qu'autant plus puissant en fusionnant les questionnements d'ordre moral et existentiel. Et plus que les questions, il apporte des réponses. Pourtant, en matière de moral, les réponses sont incertaines mais accessibles. Mais face au nazisme, il parvient non sans mal à démontrer la certitude du comportement à adopter, même si la publicité de celui-ci peut s'avérer restreinte. En ce qui concerne le questionnement d'ordre existentiel, aux réponses certaines mais inaccessibles, en dépeignant un monde aussi beau, il nous donne presque accès à l'au-delà...

Sans oublier enfin la musique qui participe grandement à certaines scènes clefs. Notamment la Passion selon Saint Matthieu de Bach qui enclenche le départ sans retour vers sa croix du héros, ou plus puissant encore, l'Agnus Dei de Wojciech Kilar. L'agneau de Dieu que l'on sacrifie pour prouver sa foi. Et plus largement, entendre du Schnittke ou du Pärt au cinéma, cela vaut le déplacement.

Ce film ne conviendra pas forcément à tout le monde, mais si on se sent disponible pour ce genre de proposition, on aurait tort de se priver de si belles images, de si beaux sons, de si belles personnes. Malick, en revenant à une structure de scénario un peu plus traditionnelle ne perd pour autant pas l'essence des expérimentations qu'il a menées dans ses derniers films. Bien au contraire, il opère une synthèse salvatrice qui permet d'exsuder des émotions multiples, d'une profondeur et d'une puissance inégalées. Inutile d'y revenir plusieurs fois pour en être marqué à vie.

 

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