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Publié par andika

Nous vivons une époque ou nous aimons beaucoup les choses un peu vintage. Ainsi, le vinyle fait son retour en force alors que le MP3 offre un son plus propre. Mais ce petit grain, ces couleurs particulières font le charme de l'ancien. De même, le cinéma HD 4K en 3D existe, mais c'est toujours un plaisir de regarder un film ancien en technicolor rappelant l'âge d'or de Hollywood.

La démarche de l'orchestre Les Siècles est similaire. Accompagné de son chef, François-Xavier Roth, ils proposent des œuvres en utilisant des instruments d'époque et du lieu de création. Approche artistique originale et non moins éthique, elle permet de faire entendre des sonorités devenues inusitées mais loin d'être désuètes. Le mélomane inclément aura tôt fait d'oublier son scepticisme initial lors de ce concert mémorable à la Philharmonie de Paris, le lundi 5 mars 2018. La seule particularité de ces instruments d'époque, à part de sonner divinement bien, étant de mettre plus de temps à s'accorder.

Deux œuvres étaient au programme. Tout d'abord la Symphonie en Ré mineur de César Franck puis la Symphonie n°1, en ré majeur, "Titan" de Gustav Mahler. En plus de partager la même tonique, ces deux pièces partagent également leur année de fin de composition, à savoir 1888 ! De bonnes bases pour deux partitions qui ne cessent de dialoguer.

La partition de Franck se distingue par son écriture cyclique. Un thème répété dans les 3 mouvements, par fragments, transformé, modulé, concassé. Toutes ces répétitions faisant le sel et le charme de cette musique. Ajouté à cela des instruments d'époque, d'une couleur suave, et cela donne un début de soirée réussit. François Xavier Roth à la direction est généreux. Jouant sans baguette, son geste n'en manque pas moins de précision et ses inflexions se répercutent à l'orchestre. Deux mots s'imposent, souplesse et légèreté. Tout cela s'entend dans le Lento initial avec une gestion des nuances très soignée, ainsi que des timbales très particulières. L'Allegretto se distingue lui par une précision rythmique dans la mesure à 3 temps, et ce cor anglais solo déclamant un thème mélancolique. Enfin, les fragments des deux premiers mouvements se retrouvent l'Allegro non Troppo final où la tension des cordes ne baisse jamais et les cuivres rutilants brillent. Une bien belle page de cette période romantique, moins dans le pathos et plus dans l'action.

De l'action, la symphonie Titan de Mahler n'en manque pas. Œuvre achevée lorsque le compositeur était âgé de 28 ans (seulement), elle constitue une brillante réussite pour une première symphonie ! Mais toutefois, elle n'a pas eu immédiatement le succès espéré, provoquant même le scandale à ses débuts. Mahler qui escomptait vivre des droits d'auteurs de son Titan, déchanta très rapidement, et choisit même  d'enlever un mouvement, le fameux Blumine joué ce soir. Cette musique raconte l'histoire de son Héros, le fameux Titan, de son éveil à ses combats divers et variés. Héros étant également le protagoniste de sa deuxième symphonie. Partition épique, généreuse, elle offre de formidables possibilités. La lecture de François Xavier Roth les exploite chacune d'entre elles. Mahler, il ne faut parfois pas trop le prendre au sérieux, ne pas entrer dans des considérations métaphysiques. Comme souvent en musique, il s'agit de raconter une histoire. Et cette histoire, Roth nous la raconte avec conviction. Tel un récitant lisant un texte avec force intonations, le maestro ne recule devant aucun effet pour montrer les différentes particularités de la partition, en devenant ainsi interprète mais surtout, narrateur. Les intonations étant ici offertes par un merveilleux orchestre avec des timbres mielleux d'instruments viennois (bien que parfois récalcitrants) de la fin du XIXème siècle. Un début où le chef attend le silence de la salle pour offrir cette genèse du monde avec ces cordes jouant pianissimo et cette fanfare en coulisse répondant en écho. Ce qui frappe immédiatement, ce sont les timbres de ces cuivres et de ces bois tellement différents de ce que l'on a l'habitude d'entendre, ainsi les solos de flûte et de trompette captivent et surtout, la gestion des différents tempi est merveilleuse dans ce premier mouvement. La particularité de cette soirée est ce fameux Blumine, très romantique, amoureux, lyrique mais qui convoque aussi un peu le jazz. Le Kräftig en III lui rompt par sa méchanceté, ses attaques sèches aux cordes, avec un pupitre de violoncelles assez incroyable. La musique rebondit en suivant le geste du chef qui ne manque jamais une opportunité de sautiller sur son pupitre. La pulsation et les 3 temps de la mesure permettent d'avancer résolument avant d'arriver à ce fameux frère Jacques à la contrebasse au début du IV. Instrument d'époque oblige, peu de vibrato, mais suffisamment caractérisé pour offrir cette impression si bizarre avant d'alterner avec cette danse juive où le chef ne recule pas devant le kitsch et le folklore, ne craignant jamais d'en faire trop, bien au contraire. Cette lecture au premier degré des ruptures de ton respecte scrupuleusement ce qui dicte cette musique. Mais le meilleur est à venir avec un final totalement dantesque pour ne pas dire titanesque. Des cuivres ne refusant jamais d'aller dans la démesure, jusqu'à couvrir le glissando des cordes ouvrant le mouvement. Des percussions opulentes, et des fortissimos jamais timides. L'agitation des mélomanes de la Philharmonie bougeant des bras pour suivre la musique montre à quel point tout cela fait son effet, et c'est aussi le signe d'une soirée réussie. Les réminiscences du I avant la coda ne sont que le calme avant la tempête finale d'une lecture sincère, généreuse, juste et si pertinente de ce chef-d’œuvre de Mahler qui en exaltera plus d'un. Définitivement un concert qui entrera dans les mémoires.

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