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Publié par andika

Nous le savons, cette saison 2020/2021 se déroule dans des conditions difficiles. Et le fait qu’elle puisse se dérouler sans une seule annulation en ce moment à la maison de la Radio relève de l’exploit. Mais qui dit difficultés dit aussi facultés d’adaptation. Et à ce petit jeu-là, Radio France est passée maître. Pour le concert du vendredi 16 octobre 2020 de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, il ne s’agissait pas simplement de raccourcir le programme ou de remplacer le chef. Tout cela est facile ! Non, la nouvelle difficulté a été de faire face à la défection à la dernière minute du Chœur de Radio France qui devait interpréter le Requiem allemand de Brahms ! Qu’à cela ne tienne, aucun souci pour le Philhar’ ! On troque le Requiem pour la Symphonie n°3 du même Brahms. Et les solistes prévus pour la partition initiale ne sont pas laissés sur le carreau, avec Ah ! perfido de Beethoven pour la soprano Camilla Tilling, et l'air Es ist genug d'Elias de Mendelssohn pour le baryton Tareq Namzi.

On voit apparaitre le premier programme avec le Requiem allemand
Poster initial du concert

Sauver les prestations des solistes bénéficie au plaisir du spectateur, certes, mais cela préserve aussi le cachet de ces derniers. C'est donc avec enthousiasme que nous voyons arriver la soprano Camilla Tilling sur la scène de l'auditorium de la maison de la radio, nanti de l'excellent souvenir d'une 4ème de Mahler à la Philharmonie à une époque plus clémente. Ses qualités demeurent les mêmes dans Ah ! Perfido. Une projection impressionnante, un timbre élégant, avec des aigus solide et un médium délicieux. Enfin, un allemand irréprochable, et sans partition ! Impressionnant pour une œuvre répétée à la dernière minute.

Le baryton Tareq Namzi se démarque lui par sa voix puissante et colorée. La profondeur de son timbre exquis et l'application de sa prosodie dans Es ist Genug. Si on peut reprocher une chose à cette prestation, c'est sa brièveté !

Enfin, pour clôturer ce programme, la trop célèbre Symphonie n°3 de Brahms selon son propre auteur. En effet, qui ne connait pas son fameux Poco Allegretto ? Bien que les quatre symphonies de Brahms, datant de la fin du XIXème siècle, soient d’une rigueur formelle qui regarde surtout vers le passé, elles ne manquent pas d’audace ni de bravoure. Et de la bravoure, Sir John Eliot Gardiner n’en manque pas. Arrivant sur son pupitre d’un pas énergique, sans masque, appendice qu’il semble exécrer, il commence l’ouvrage avec toute la véhémence qui caractérise le premier mouvement. Ainsi, un brin d’excès dans les attaques, avec des déséquilibres plus ou moins flagrants entre pupitres, notamment des cuivres un peu trop bruyants dans ce grandiloquent premier thème en fa majeur. Mais comment blâmer qui que ce soit au vu des circonstances ? En outre, le bonheur de la forme sonate ne réside-t-il pas dans la réexposition des thèmes ? Et la gourmandise n’est-elle pas dans les reprises ? Au fur et à mesure que ces thèmes familiers reviennent, ils le font avec d’autant plus d’équilibre. Ainsi le deuxième mouvement qui est lent, présente un paysage calme et paisible où la belle petite harmonie de Philhar' se déploie en couleurs et en chant. Le Poco allegretto enchaîné juste après donne la part belle aux cordes emmenées par le premier violon du Philhar’, Ji Yoon Park avant que le final plaisant, au tempo allant, aux attaques franches et aux fortissimos saillants ne vienne nous inonder de plaisir. Et dans de pareilles circonstances, l’ovation triomphale de l’orchestre à l’issue du concert n’a pas été de trop. On savait que le Philhar' pouvait tout jouer et s’adapter à n’importe quel répertoire. On découvre aussi qu’il est capable de révolutionner son programme à la dernière minute. Sir John Eliot Gardiner avec sérénité et expérience est parvenu à livrer, envers et contre tout, un concert de grande qualité avec la complicité des musiciens de ce fantastique Orchestre Philharmonique de Radio France.

Concert disponible à l'écoute pendant un mois sur France Musique

Programme du concert du Vendredi 16 octobre 2020
LUDWIG VAN BEETHOVEN
« Ah ! perfido », scène et air sur un texte de Métastase
 
FELIX MENDELSSOHN-BARTHOLDY
Elias, extrait : « Es ist genug »
 
JOHANNES BRAHMS
Symphonie n° 3

CAMILLA TILLING soprano
TAREQ NAZMI baryton
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE
SIR JOHN ELIOT GARDINER direction

 

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