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Publié par andika

Depuis la démission surprise d'Emmanuel Krivine de son poste de directeur musical de l'Orchestre National de France, la phalange parisienne s'est retrouvée sans chef. Enfin, pas tout à fait, puisque le roumain Cristian Macelaru devait reprendre le flambeau à la rentrée 2021. Qu'à cela ne tienne, il a anticipé quelque peu sa prise de responsabilités, en participant notamment récemment au recrutement d'un nouveau soliste à l'orchestre. Et encore mieux, il était présent à la tête de son futur orchestre afin d'achever la saison musicale de Radio France, et la série de concerts "Le temps retrouvé." Belle habitude prise après un autre concert du mois de juillet 2019. Cette fois-ci, deux œuvres au programme. Tout d'abord le vibrant Adagio de Samuel Barber, avant la pétillante Carmen Suite de Rodion Schedrin d'après l'opéra de Bizet.

Cristian Măcelaru (© Christophe Abramowitz / Radio France)

Cristian Măcelaru (© Christophe Abramowitz / Radio France)

L'Adagio de Samuel Barber est un véritable tube. Notamment popularisé par son usage dans le film Platoon d'Oliver Stone. Initialement, il s'agissait simplement du deuxième mouvement du Quatuor à cordes du compositeur américain, mais ce dernier l'a orchestré pour orchestre à cordes, et cette version a par la suite pris son envol. La distance entre cet Adagio et son quatuor rappelle la distance entre les musiciens d'un même pupitre dans les conditions que nous connaissons actuellement. On déplorera une fois de plus le manque de densité des cordes, sans doute du à cette disposition qui, bien que nécessaire, altère l’interprétation du chef. Toutefois, plus le thème circule entre les pupîtres, et plus il se fait entendre, en passant successivement des premiers violons, aux altos puis aux fantastiques violoncelles. Le contrechant constant n'est pas négligé, et on apprécie également les nuances et dynamiques, notamment un immense crescendo de toute beauté. Une sympathique entrée en matière.

Pour la Suite de Carmen, tout a commencé avec la ballerine russe Maïa Plissetskaïa. Cette dernière souhaitait danser un ballet avec une musique issue de l'opéra de Bizet. Elle se tourna alors tout naturellement vers des compositeurs en vue. Dmitri Chostakovitch, Aram Khatchaturian. Mais devant leurs refus respectifs, elle n'eut d'autre choix que de se tourner vers son compositeur de mari, Rodion Shchedrin ! La partition de ce dernier reprend les principaux thèmes de Carmen (en plus de la Farandole de L’Arlésienne et d’un extrait de La Jolie fille de Perth du même Bizet). Mais en bannissant tous les instruments à vent. Et par la même occasion, en offrant un riche pupitre de percussions, de quoi donner de la besogne au collectif AdONF, composé par les percussionnistes du national ! Et ces percussions sont d'une richesse inestimable et font totalement oublier les vents. Par exemple les cloches qui énoncent un thème connu de tous sur un rythme de habanera. Les cordes ici s'affirment avec davantage de densité et de piquant dans les rythmes suaves de Carmen, même si elles manquaient un peu d'allant sur Votre toast, je peux vous le rendre. Mais quelle œuvre, et quelle énergie, où on allie le génie français à la modernité russe. Et surtout, une généreuse interprétation offerte par Cristian Măcelaru. Une bien belle manière d'achever cette saison, définitivement pas comme les autres. Et nous avons dores et déjà hâte de retrouver le National avec son nouveau chef.

Concert disponible sur le site de France Musique

Le Temps retrouvé #11 Programme 23/07/2020
Samuel Barber
Adagio pour cordes

Georges Bizet / Rodion Shchedrin
Carmen Suite

Orchestre National de France 
Cristian Măcelaru
direction 

 

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