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Publié par andika

Le Philhar'Intime est le rendez-vous immanquable de musique de chambre des membres de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Il a lieu consécutivement au concert traditionnel du vendredi soir, dans un cadre plus resserré, avec moins de musiciens mais toujours à l'auditorium de la maison de la radio. Ce qui en fait la particularité, c'est qu'en général, les invités du vendredi, chef et solistes, deviennent les complices d'un ensemble de musique de chambre, et se joignent aux musiciens de l'orchestre. C'est ainsi que Truls Mørk et Klaus Mäkelä ont été invités à jouer le fameux sextuor à cordes de Tchaikovski, Souvenir de Florence, dimanche 8 mars 2020, après le concert donné le vendredi 6 mars 2020. Mais avant que les les deux illustres violoncellistes ne se joignent aux valeureux membres du Philhar', ces derniers ont donné le merveilleux Terzetto en do majeur opus 74 de Anton Dvořák.

Le Terzetto de Anton Dvořák nécessite deux violons et un alto. Formation assez inhabituelle. Mais cela s'explique par les circonstances de la composition de l’œuvre. Le voisin du compositeur, violoniste et enseignant, avait un élève. Dvořák les entendant travailler, n'hésitait jamais à se joindre à eux en jouant de l'alto, et a donc naturellement eu l'idée de composer pour leur formation. En ce dimanche à l'auditorium, ce ne sont pas des voisins mais des collègues qui se présentent sur la scène, debout. A savoir Cécile Agator et Cyril Baleton (remplaçant au pied levée Ji-Yoon Park, premier violon solo de l'orchestre) au violon, et Marc Desmons à l'alto. On sent immédiatement une très belle cohésion entre les musiciens, qui s'écoutant chacun, se laissent assez de place, et font vivre ce thème de quatre note qu'on entend sans cesse au premier mouvement noté Introduzione. Allegro ma non troppo. On appréciera également ces divins pizzicatos de l'alto dans le Scherzo dansant avant la verve émanant du thème et variations du Finale.

Place maintenant à Souvenir de Florence de Tchaikovski. Le titre de l’œuvre vaut programme, mais même si le fameux sextuor est inspiré par l'Italie, les influences slaves ne sont jamais bien loin. Souvenir de Florence, c'est également un bon souvenir pour l'habitué du Philhar' qui a eu l'opportunité de découvrir l’œuvre il y a quatre ans dans sa version orchestrée au même endroit. Mais c'est surtout le moyen de vivre un moment étonnant. En effet, un orchestre est une organisation sociale où il existe une hiérarchie et chacun y a sa place, comme l'explique si bien Christian Merlin dans son ouvrage Au cœur de l'orchestre, décliné en émission de radio chaque dimanche matin sur France Musique. Le curieux auteur de ces lignes voulait observer comment allait se comporter Cécile Agator dans sont rôle de Konzertmeisterin (premier violon). En effet, le premier violon solo de l'orchestre était prévu à ce concert au début, mais finalement c'est elle qui a récupéré le flambeau. Elle occupe le rang de premier chef d'attaque de l'orchestre, et a souvent tenu le rôle de premier violon, notamment lors d'une merveilleuse Tragique de Mahler en 2019. Elle est également habituée de la musique de chambre. Mais tout de même, diriger le chef et le soliste du vendredi, c'est un sacré défi ! Disons le d'emblée, le défi a été relevé haut la main. Cette interprétation du sextuor a été empreinte d'humilité de part et d'autre. Humilité tout d'abord de Truls Mørk et Klaus Mäkelä qui assuraient leur rôle de basse et de base à la structure musicale de l'ensemble. Humilité aussi de Cécile Agator qui ne tirait absolument pas la couverture à elle dans une œuvre pourtant d'un grand lyrisme et permettant tous les excès au premier violon.  Son son dynamique s'insérait parfaitement dans le collectif, et loin d'éclipser les autres, elle les emmenait dans son sillage dans le premier mouvement Allegro con spirito. La densité et la beauté des legatos de l'Adagio avaient de quoi faire fondre, comme la beauté des interventions solos de Truls Mørk au violoncelle. Tout cela avant un Allegretto rythmé et triste en troisième mouvement, où l'on admire l'assise des basses, toujours présentes, toujours précises. La force des violoncelles rendant le son du sextuor très concret. Le Finale enfin, était admirable de clarté, surtout dans la partie fuguée, où chaque pupitre s'écoutait et où l'on pouvait observer la concentration sur le visage des musiciens. Le choix d'un tempo modéré aidant à la cohérence du discours.

La musique de chambre est un plaisir infini. Et lorsque de tels talents s'allient en bonne intelligence, elle devient un plaisir indispensable.

Programme du Philhar'Intime du 8 mars 2020
Anton Dvořák
Terzetto en do majeur opus 74

Piotr Ilyitch Tchaïkovski
Souvenir de Florence

Truls Mørk violoncelle
Klaus Mäkelä violoncelle

Musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France
Cécile Agator  violon
Cyril Baleton violon
Marc Desmons alto
Sophie Groseil alto

 

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