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Publié par andika

L'adjectif scandaleux peut avoir une connotation péjorative dans le langage commun. Mais lorsqu'il s'agit du personnage de Dom Juan, il peut prendre une acception élogieuse. On va voir Dom Juan pour être choqué, pour rire, pour se rire du monde et des conventions et surtout, pour se rire du scélérat qui sera puni à la fin. La relecture de la pièce de Molière et du Mythe de Dom Juan réalisée par Jean Lambert-wild & Lorenzo Malaguerra au théâtre de la cité internationale est une proposition intéressante et étonnante. On ne retrouve pas tout le texte de Molière, on constate des ajouts, des digressions, mais surtout beaucoup de fraicheur.

Crédit Tristan Jeanne Valès

Crédit Tristan Jeanne Valès

Une mise en scène dynamique servie par un superbe décor

La mise en scène de cette pièce est un point fort. Dans la salle du théâtre de la cité internationale en forme de coupole, on remarque dès le lever de rideau un décor riche, opulent, représentant une forêt chatoyante, pleine de couleurs et de dangers. Les peintures réalisées par Stéphane Blanquet sont remarquables. Côté cour de la scène, un escalier blanc en colimaçon, coté jardin, une belle estrade. Et tout au long de la pièce, les comédiens vont user de chaque élément du décor pour dynamiser l'histoire.  Dom Juan ici, ne court plus à sa perte. Il devient sédentaire et est visité par différents personnages, et la mort rôde autour de lui. On oublie alors l'impression d'urgence de la course à l'abîme et à la jouissance, et on trouve finalement le crépuscule d'un personnage malade, qui n'essaye même plus de fuir son destin funeste. Enfin, l'usage d'accessoires divers et variés rend la chose surprenante. Avec notamment l'usage d'armes à feu, ou encore la musique jouée en direct sur scène.

Des personnages étonnants

Le Dom Juan de cette version est un personnage unique et fascinant. Il est interprété par le comédien Jean Lambert-wild maquillé sous les traits de son clown Gramblanc. Sorte de Joker pour les amateurs de comic book. Visage blanc, cheveux rouges, vernis à ongles écarlate et totale absence d'empathie pour les autres personnages. Homme glaçant, qui ne cherche même plus le plaisir de la chair ou de la séduction mais qui semble simplement se complaire dans le chaos. En revanche, on pourra discuter l'intérêt d'avoir fait du personnage de Sganarelle une femme. Le travestissement des personnages est à la mode au théâtre mais n'a de sens que s'il apporte quelque chose d'utile à l'histoire. En revanche, l'ajout des musiciens est une proposition intéressante. Ces personnages sont un peu les représentants des spectateurs sur la scène, et ils amènent des doses bien senties d’interaction avec le public et permettent de basculer dans une expérience assez exaltante.

Au carrefour de la tradition et de la nouveauté

Dans ce Dom Juan, on a parfois le confort de la tradition avec des pans entiers du texte de Molière récités par les comédiens. A d'autres moments, on est ailleurs, dans un territoire inconnu, tantôt inquiétant, tantôt familier. Avec des coupes parfois malheureuses et des ajouts qui nous font entrer dans le monde contemporain. Mais on est dans un territoire où les comédiens sont à l'aise et nous montrent le meilleur d'eux mêmes. Alors oui, souffrons le scandale de Dom Juan, souffrons l'altération du texte de Molière car c'est en se détachant des vielles idoles que l'on peut trouver une voie nouvelle. Cette pièce montre que le théâtre est toujours vivant et fringuant.

Dom Juan ou le Festin de pierre Jean Lambert-wild & Lorenzo Malaguerra D’APRÈS le mythe de Don Juan et le Dom Juan de Molière
DIRECTION Jean Lambert-wild & Lorenzo Malaguerra REGARD ASSOCIÉ Marc GoldbergADAPTATION Jean Lambert-wild & Catherine Lefeuvre MUSIQUE ET SPATIALISATION EN DIRECT Jean-Luc Therminarias SCÉNOGRAPHIE de Porcelaine et de Tapisseries en point numérique d’Aubusson, de Jean Lambert-wild & Stéphane Blanquet réalisée avec le soutien de la fabrique Les Porcelaines de la Fabrique et de l’entreprise Neolice*ASSISTANTS À LA SCÉNOGRAPHIE Thierry Varenne & Alain PinochetLUMIÈRE Renaud LagierCOSTUMES Annick Serret-AmiratMAQUILLAGE, PERRUQUES Catherine Saint-SeverDIRECTRICE TECHNIQUE Claire SeguinRÉGIE GÉNÉRALE Thierry VarenneRÉGIE SON Nourel BoucherkHABILLEUSE Christine DucouretAVEC Jean Lambert-wild, Yaya Mbilé Bitang, Denis Alber, Pascal Rinaldi, Romaine, et, en alternance, quatre acteurs / actrices issus de L’Académie de l’Union – École Supérieure Professionnelle de Théâtre du Limousin (Séquence 9) :Claire Angenot, Gabriel Allée, Quentin Ballif, Matthias Beaudoin, Romain Bertrand, Hélène Cerles, Ashille Constantin, Yannick Cotten, Estelle Delville, Laure Descamps, Antonin Dufeutrelle, Nina Fabiani, Marine Godon, Isabella Olechowski

Spectacle du 17 janvier 2020 au Théâtre de la cité internationale

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