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Publié par andika

Selon le Larousse, la timidité se définit par un manque d'audace dans une action. Et c'est le mot qui vient immédiatement à l'esprit à l'issue du concert donné par l'Orchestre de Paris sous la direction de la cheffe américaine, Karina Canellakis, ce jeudi 23 janvier 2020, à la Philharmonie. Nous étions pourtant sortis convaincus d'une précédente rencontre en 2018. Mais il est vrai que le programme du concert de cette année était d'un tout autre calibre, avec tout d'abord l'incontournable Concerto pour violon de Sibelius, avec comme soliste le violoniste Joshua Bell. Et enfin, la magistrale Symphonie n°10 de Chostakovitch.

La timidité de Karina Canellakis à la tête de l'Orchestre de Paris dans Sibelius et Chostakovitch

Le Concerto pour violon se Sibelius est un pilier du répertoire, très régulièrement au programme des concerts. Tant et si bien que l'Orchestre de Paris l'avait déjà donné assez récemment, en 2017, l'année dernière, c'était au tour du Philhar'.

C'est avec ces souvenirs en tête que votre serviteur a assisté à cette nouvelle exécution. Et l'interprétation donnée par Canellakis et Joshua Bell a été assez étonnante. Avec d'un côté un soliste multipliant les effets et les gestes amples sans pourtant masquer son manque de vigueur, et d'un autre côté, une cheffe mettant presque constamment son orchestre en sourdine. Pour cette page tardive du courant romantique, tout cela est bien dommage. Trop sage, le lyrisme est mis de côté et l'émotion est absente de cette interprétation. Même si on admire l'équilibre, la clarté et le côté paisible des cordes dans le premier mouvement, le manque d'aspérités ne cesse de frustrer. Il en va ainsi de la cadence lisse offerte par le soliste. Le dialogue courtois du mouvement lent quant à lui fonctionne mieux. Se situant justement dans un registre apaisé, on sent qu'il s'agit de la zone de confort de l'interprétation proposée. On retrouve de la densité aux cordes, des équilibres intéressants par exemple entre le soliste et le pupitre des cors. Enfin, le troisième mouvement noté Allegro, ma non tanto sera sujet à tous les débats possibles et imaginables. On en connait des interprétation énergiques et vigoureuse, avec des croches aux cordes pouvant parfois rappeler Stravinsky. Mais ces pages sont un peu plus compliquées que cela. On peut avoir des attentes, des préjugés au sujet de cette musique. Et lorsque le résultat est totalement à l'opposé, un sentiment de sidération fait son apparition. C'est pour cela qu'il peut s'avérer utile de retourner au texte.

A la lecture de ces quelques mesures, on comprend pourquoi on a peu entendu les timbales, pourquoi la pulsation semblait à ce point molle et pourquoi on entendait à peine les cordes de l'orchestre. Oui, les nuances conduisent à la retenue (pocco forte aux cordes, mezzo piano aux timbales, decrescendo). Mais cette retenue ne doit pas aller contre la musique et le son. La retenue ne doit pas être un effacement. La retenue ne peut pas être un fin en soi. Car même si les nuances appellent au calme, le rythme en revanche est loin de l'être ! On en arrive donc à un cas caractérisé de lecture trop littérale de la partition ! En bis, Joshua Bell propose alors l'habituel Bach au violon, trouvant ainsi une belle transition vers Chostakovitch.

La Symphonie n°10 de Dmitri Chostakovitch est également une œuvre qu'on a souvent l'opportunité d'entendre au concert. Après le National en 2018 et le Philhar' en 2019, c'était maintenant au tour de l'Orchestre de Paris de revenir dessus. Composée peu de temps après la disparition de Staline en 1953, le compositeur y règle ici ses comptes avec le tyran, de façon jubilatoire. Œuvre pleine de dissonances, de contrastes, d'humour, de lumière mais également emprunte de mélancolie, elle secoue l'auditeur lorsqu'elle est interprétée de la bonne façon.

Le premier mouvement noté Moderato qui ouvre la symphonie commence doucement, avec le thème joué piano aux violoncelles et aux contrebasses. Canellakis n'a aucun mal à jouer une nuance piano comme vu plus haut. Mais dans ce début, il est nécessaire de faire ressortir le côté grinçant de cette musique, les dissonances. Accrocher l'oreille de l'auditeur, le mettre dans l'inconfort. Et au contraire, le son est encore une fois trop lisse, malgré l'orchestration de Chostakovitch, la musique est comme atténuée. Le picolo est discret, la caisse claire ne ressort pas assez dans ses prises de parole. Un grand soin est apporté au phrasé mais pour pas ou peu d'impact. L'Allegro qui suit dérange par son tempo trop lent. Le Staline dépeint ici passe de tyran sanguinaire à petit épagneul très excité qui ne ferait pas de mal à grande monde. Trop de confort, pas assez de prise de risques. L'Allegretto est quant à lui mieux géré, dans l'exploitation de la polyphonie, et surtout, il laisse la part belle aux solistes, notamment au fantastique Giorgio Mandolesi au basson. Mais le final retombe dans de méchants travers où la superficialité se joint à un cruel manque de vitalité. En un mot, c'est timide.

En conclusion, il n'y a aucun doute dans le fait que Karina Canellakis soit en mesure d'obtenir ce qu'elle veut d'un orchestre. Ce concert est d'ailleurs un modèle fascinant de l'influence d'un chef sur son orchestre (tant la façon dont l'orchestre de Paris a changé en peu de temps par rapport à son concert avec Herbet Blomstedt). Il n'y a pas de doute non plus sur son travail et son implication. Il y a simplement un grand désaccord de notre part sur ses choix. Il y est des répertoires où il ne fait pas bon être timide.

Programme du concert du 23 janvier 2020 à la Philharmonie
Jean Sibelius
Concerto pour violon en ré mineur, op. 47
 
Dmitri Chostakovitch
Symphonie n°10 en mi mineur op. 93

Orchestre de Paris

Karina Canellakis, direction

Joshua Bell, violon

 

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