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Publié par andika

En cette fin de décennie 2010, un endroit s'impose à Paris si l'on a envie d'écouter la 9ème Symphonie de Beethoven. Cet endroit, c'est l'auditorium de la Maison de la Radio. L'Orchestre Philharmonique de Radio France ayant instauré la tradition de débuter chacune de ses années civiles avec cette partition en janvier, voilà maintenant que l'Orchestre National de France s'y met aussi avec son directeur musical, Emmanuel Krivine. Et à voir la salle pleine à craquer en ce jeudi 7 Novembre 2019, ces initiatives rencontrent leur public. Pour accompagner le National et le Choeur de Radio France dans cette entreprise, un quatuor vocal fameux a été constitué avec la soprano Christina Landshamer, la mezzo Elisabeth Kulman, le ténor Maximilian Schmitt et enfin le baryton Florian Boesch.

 

Que dire sur ce monument connu de tous qu'est la 9ème de Beethoven ? Quelques éléments factuels, elle fut composée entre 1822 et 1824, pour la première fois dans le répertoire symphonique, elle fait intervenir un chœur afin de chanter le poème ô combien magnifique de Friedrich Schiller, le fameux Ôde à la joie. Dans une tonalité de ré mineur, elle a fait une seconde révolution dans le répertoire symphonique après l'Eroica du même auteur.

Et comment ne pas penser à cette symphonie ainée lorsque Krivine entame le premier mouvement noté Allegro ma non troppo, un poco maestoso. Dans ce son qui sort du néant, malgré une nuance piano, une tension intense ne tarde pas à jaillir des cordes, dont les attaques sont d'une franchise étonnante. Et lorsque le thème est joué dans les nuances fortissimos, et que le tempo s'accélère, on sent une version de Beethoven qui en a sous le capot. Avec des cuivres ténébreux et un véritable fracas aux timbales, on sent que le chef veut secouer le cocotier. Sans jamais s'appesantir, il avance résolument et livre une version de l'ouvrage qui mise énormément sur la fougue. Les phrasés ne sont pas là pour briller par leur éloquence mais pour servir un discours résolument dynamique, pouvant potentiellement heurter les âmes sensibles. La seule accalmie étant offerte par la petite harmonie qui devient ici un puits de couleurs. Et cela se perpétue dans le Scherzo. Toutefois, la volonté du chef d'aller droit au but se fait au détriment de la construction du discours. La tension n'a pas le temps de suffisamment monter dans le crescendo qui initie le deuxième mouvement. Du poids peu manquer ici et là pour assurer un équilibre satisfaisant. Le caractère apaisé du second thème permet de revenir vers de meilleurs hospices avant que le mouvement ne s’achève sur un effet massif tout à fait impressionnant. Mais l'énergie ne fait pas tout. La structure de l'Adagio ne permet aucune faconde au chef. Et sans cet outil, on peine à obtenir un moment un tant soi peu solennel, de garder une certaine teneur dans le discours pour qu'il demeure captivant. Étrange tant il s'agissait ici du mouvement permettant en outre de davantage creuser les ténèbres, mais il est vrai, de façon calme. Mais tout cela est balayé par le Finale qui permet de renouer avec l'énergie. On retrouve énormément de densité aux cordes, notamment un pupitre de violoncelles exemplaire dans son énonciation du thème. Mais plus que l'orchestre, on va être ici transporté par le chant. 

Tout d'abord le baryton, Florian Boesch, avec sa voix d'une projection assurée, son timbre chaleureux, ambré. On apprécie la conviction de ses intonation et la façon si intense qu'il a de prononcer le mot "Freude", tout cela avec une diction admirable et des nuances adéquates. Le ténor Maximilian Schmitt patit un peu d'un orchestre qui le couvre, mais on peut toutefois apprécier son sens du rythme. Des temps marqués clairement mais sans jamais dévier de la ligne mélodique. Les chanteuses Christina Landshamer et Elisabeth Kulman se détachent sans mal de la masse dans leurs parties respectives et amènent des couleurs très appréciables, on en vient à regretter que Beethoven n'exploite pas davantage ces voix. Enfin, le Chœur de Radio France, préparé par Joël Suhubiette est à l’unisson de la vision d'Emmanuel Krivine. Une énergie infinie, une puissance et une densité sans égale, une clarté du chant, de la précision dans le texte. N'en jetez plus, tant de générosité peut même friser l'excès (sacrées sopranos), mais on en redemande au final tant cela procure des frissons.

L'heure n'est pas encore venue où on se lassera de cette symphonie n°9 de Beethoven ! Et avec de tels chanteurs, ça ne risque pas d'arriver de si tôt ! Lecture étonnamment ténébreuse par endroit, et définitivement tempétueuse de la part d'Emmanuel Krivine, un chef qui tient visiblement à ce que le public vive une expérience intense, et ne s'endorme pas dans son siège ! De quoi justifier le déplacement !

Concert disponible à l'écoute pendant un mois sur France Musique.

Programme

Ludwig van Beethoven
Symphonie n°9 en ré mineur, opus 125

Christina Landshamer soprano
Elisabeth Kulman mezzo-soprano
Maximilian Schmitt ténor
Florian Boesch baryton-basse
Chœur de Radio Francei
Joël Suhubiette chef de chœur
Orchestre National de France
Emmanuel Krivine direction

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