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Publié par andika

Le Groupe des Six est une expression issue de la plume du musicologue Henri Collet en 1920. Elle est peu à peu entrée à la postérité pour qualifier un groupe de six compositeurs français. J'ai nommé Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud et Germaine Tailleferre, Francis Poulenc et Georges Auric. Et c'est à ces compositeurs que Radio France consacre une série de cinq concerts lors de cette saison 2019/2020. Nous avons assisté à la troisième soirée du 9 octobre 2019, consacrée notamment au Concerto pour piano de Poulenc, interprété par la pianiste française Maroussia Gentet. Mais comme à son habitude avec Mikko Franck, l'Orchestre Philharmonique a allié la musique symphonique à la musique de chambre, l'occasion d'entendre le Trio avec piano de Germaine Germaine Tailleferre, le Nocturne opus 40 ainsi que la Romance sans parole de Louis Durey, la Sonate pour hautbois et piano de Francis Poulenc. Sans oublier enfin la Suite symphonique issue de Phèdre de George Auric.

Qu'il est plaisant de commencer ce programme avec une compositrice. Cela constitue en soi un événement tant la chose est rare. Et c'est également un réel plaisir d'entendre les musiciens du Philhar en formation de musique de chambre, rappelant la configuration du Philhar'intime. Et ce Trio avec piano de Germaine Tailleferre sied à merveille à Hélène Collerette au violon, Nadine Pierre au violoncelle et Catherine Cournot au piano. La compositrice disait à propos de son œuvre "Je fais de la musique parce que ça m’amuse, ce n’est pas de la grande musique, je le sais." Et pourtant, sa musique est loin de laisser indifférent l'auditeur. De par le côté lumineux et clair de son premier mouvement, avec un piano en retrait et beaucoup de chant aux cordes, l'intensité du deuxième mouvement, animé et récréatif où l'on sent toute l'intensité et l'énergie de la jeune femme qui écrit cette musique. La violoniste et la violoncelliste mordent à pleine dent dans cette partition avec des coups d'archet vigoureux et un vibrato du meilleur goût, avant de laisser place à un troisième mouvement noté moderato, d'une grande onctuosité. Enfin, le final emporte tout avec son rythme et ses phrases courtes, Hélène Collerette mène l'ensemble avec délectation.

Pas le temps de souffler, on change de piano sur le plateau et il est déjà temps d'accueillir l'Orchestre Philharmonique de Radio France au complet, son chef Mikko Franck et la pianiste Maroussia Gentet. Le Concerto pour piano de Poulenc est issu d'une commande du Boston Symphony Orchestra, et a été créé par cet orchestre, sous la direction de Charles Munch, en 1950. Poulenc surnommait cette œuvre "Mauvais garçon" Il est vrai que le Rondeau à la française qui ponctue l'ouvrage ne décrit rien d'autre que les bordels parisiens ! Comme évoqué précédemment, la particularité de cette exécution réside dans l'apparition d'un autre piano que le Stenway traditionnel. Maroussia Gentet joue sur un instrument Stephen Paulello. Et cet instrument amène une couleur particulière qui sied bien à ce répertoire. Un son rond et doux qui s'allie bien avec la délicatesse de la pianiste. Cette musique excellemment orchestrée est dans la séduction pure, avec un second thème léger et joueur dans le premier mouvement. Maroussia Gentet est dans le registre de la précision du phrasé, à l'opposé de la puissance, avec un usage modéré de la pédale, de sorte que la réverbération n'est pas importante. Une précision conservée dans le deuxième mouvement où la pianiste joue avec délicatesse le thème enfantin avant de laisser parler sa force sans toutefois perdre en clarté. On apprécie les cuivres du Philhar, dans ces pages, lancés dans un bel ostinato, repris ensuite par les flûtes. Le fameux Rondeau à la française est un moment véritablement orgiaque, un déluge de couleurs au piano rappelant la peinture impressionniste. Avec un petit côté de plaisanterie au niveau des rythmes, toutefois, Mikko Franck maintient la stabilité de la pulsation mais l'envie de se déhancher est forte. Une belle ovation accompagne l'ensemble des musiciens. Moment étrange où la soliste revient pour ce qu'on pourrait prendre pour un bis. Mais il n'en est rien, les pièces de Louis Durey sont bien inscrites au programme. C'est le compositeur le plus oublié du Groupe des Six, et sa position dans le programme n'arrange pas les choses... Diplômé de HEC, son appartenance au groupe sera épisodique. Maroussia Gentet joue le nocturne avec sobriété et tendresse, tandis qu'elle amène une tension des plus exquises dans la Romance sans parole, avec des attaques franches. L'entracte arrive à point nommé après tant de délices.

La Sonate pour piano et hautbois de Poulenc est une belle transition, composée à la fin de sa vie elle dénote de tout l'amour que le compositeur portait aux bois. Qu'il est bon de mettre en avant Olivier Doise, l'un des deux sublimes hautboïstes solos du Philhar. Malgré des petits soucis avec son instrument, il fait ce qu'il veut du son. Son jeu est si pénétrant, doux, chantant, réconfortant. Notamment dans le troisième mouvement, intitulé Déploration, où le compositeur témoigne de sa foi. Le son devient alors une prière, les pianissimos sont miraculeux et captivant, les aigus de Doise sont stupéfiants, le recueillement est total. 

Quel contraste avec la Suite de Phèdre de Georges Auric qui rappelle furieusement une musique de film. Le chef Mikko Franck ne ménage pas ses effets ! Spectacle garanti ! Gros orchestre, gros son, attaques agressives, percussions endiablées, cordes pleines de tension, cuivres impressionnants. Malgré tout en conservant une certaine clarté du discours musical dans ces circonstances. De quoi repartir du concert ragaillardi après avoir goûté à ce fameux Groupe des Six. Très belle initiative de Radio France que de défendre ce répertoire français qui n'est pas forcément souvent joué en concert. Et de le faire aussi en approfondissant. On en redemande !

Concert disponible à l'écoute sur France Musique pendant un mois.

A écouter aussi dans le cycle du Groupe des Six:

Boeuf sur le toit

Sabat Mater de Poulenc

Programme

Germaine Tailleferre
Trio avec piano **

Francis Poulenc
Concerto pour piano et orchestre *

Louis Durey
Nocturne opus 40 *
Romance sans parole opus 21 *


Francis Poulenc
Sonate pour hautbois et piano **

Georges Auric
Phèdre, suite symphonique

Maroussia Gentet piano *

Olivier Doise hautbois
Hélène Collerette violon
Nadine Pierre violoncelle
Catherine Cournot piano **
Orchestre Philharmonique de Radio France
Mikko Franck direction

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