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Publié par andika

La saison musicale touche presque à sa fin en ce mois de Juin. Avant de basculer dans l'été et les festivals, l'occasion de retrouver Les Déconcertants, dirigés par Pierre-Alexis Touzeau à la salle colonne, ne pouvait pas se manquer. En effet, l’œuvre choisie pour cette session n'était autre que la familière Symphonie n°5 en ré mineur de Chostakovitch.

Les Déconcertants à l'issue de leur concert du 26 juin 2019 à la salle colonne

Les Déconcertants à l'issue de leur concert du 26 juin 2019 à la salle colonne

Il y a beaucoup de bonnes raisons d'aller écouter Les Déconcertants. Premièrement, la gratuité de leurs concerts, argument assez persuasif qui pèse de tout son poids avant de prendre l'initiative de se déplacer. Mais il n'y a pas que cela. En effet, musicalement, l'intérêt est réel. Le format de leurs concerts permet une belle interactivité. Mais surtout, ils osent sortir des sentiers battus. Comme par exemple en consacrant une après-midi entière à Beethoven, ou en explorant le répertoire, comme par exemple lorsqu'ils jouent du Schnittke. Ainsi, ce tropisme soviétique se confirme avec la 5ème de Chostakovitch. Même s'il s'agit sans doute d'une des symphonies les plus célèbre du 20ème siècle, et définitivement la plus célèbre de son auteur, de nos jours, ce n'est pas forcément le premier compositeur de musique dite classique qui vient à l'esprit du profane. Et c'est bien dommage ! Composée en 1937, alors que Chostakovitch craignait pour sa vie dans la Russie soviétique après un opéra qui avait déplu, la 5ème symphonie est l’œuvre de la réhabilitation. Elle revient vers des formes plus traditionnelles en quatre mouvements, tout en abandonnant à première vue le modernisme. Convoquant un (très) large effectif orchestral, la 5ème symphonie est d'une puissante charge émotionnelle. De quoi susciter l'attente et la curiosité, surtout lorsqu'on voit que le pupitre de premiers violons ne comporte que huit personnes ! On dénombre en outre seulement deux contrebasses. Il y a également le célesta qui est absent de la scène de sorte que, on se demande comment Pierre-Alexis Touzeau va se dépatouiller avec son orchestre qui manque de bras par certains endroits ! Très rapidement, on se rend compte que le chef s’accommode parfaitement du sous effectif de cordes.  Il manque des violons dans le Moderato ? Pas grave, c'est l'opportunité de faire entendre autre chose ! Comme la flûte solo qui s'épanouit dans le second thème lors de la réexposition, ou le premier thème qu'on entend particulièrement bien aux cuivres lors de cette même réexposition. Des vertus de la réduction qui permettent de révéler la forme sonate avec davantage d'acuité. La direction est exemplaire et appliquée, le geste du chef précis et clair. Il suffit de l'observer avec un peu d'attention pour que la musique s'éclaire. Battue régulière à la main droite, nuances, textures et phrasé à la main gauche. Chaque départ étant donné avec précision. Le Scherzo dans cette tendance est diabolique de netteté, bien servi par une petite harmonie fabuleuse (on n'a pas fini de s'extasier sur les bois venus de France !). Le miracle a lieu dans Largo où le sous-effectif des cordes n'est plus problématique. Le crescendo est construit de belle manière. Et puis, pourquoi avoir besoin d'un célesta quand le Glockenspiel fait le travail ? Le final, épique finit de convaincre, avec des cuivres très clairs et assurés, ainsi que des timbales d'une grande précision. Un phrasé impeccable et des nuances soignées, notamment un très beau pianissimo aux cordes dans le développement.

En conclusion, une exécution très convaincante de ce chef d’œuvre qui ne pâtit pas trop du sous effectif de cordes, tant les autres pupîtres sont bien dotés, notamment les bois, les cuivres et les percussions. L'émotion est la même que d'habitude et en prime, on peut redécouvrir cette symphonie qui est loin de lasser.

Programme du concert du 26 juin 2019 à la Salle Colonne
Dmitri Chostakovitch Symphonie n°5 en ré mineur op 47
Les Déconcertants
Pierre-Alexis Touzeau Direction

 

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