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Publié par andika

Année Berlioz, la suite ! Cette fois-ci, un week-end entier lui était dédié à la philharmonie. Mais pour le couvrir dans son entièreté, il faudrait des ressources que nous n'avons pas, par conséquent, il a fallu faire un choix. Et ce choix s'est orienté vers le concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, du samedi 25 mai 2019, à la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. La phalange parisienne étant dirigée pour l'occasion par le chef Kazuki Tamada. Au programme, logiquement du Berlioz, avec rien de moins que le fameux Te Deum, qui pour l'occasion convoque cinq chœurs qui sont respectivement la Maîtrise de Radio France, le Chœur d’enfants de l’Orchestre de Paris, la Maîtrise Notre-Dame de Paris, le Chœur de Radio France et enfin le Chœur de l'armée française ! Plus inattendu, les retrouvailles de l'auteur de ces lignes avec le compositeur suisse Michael Jarrell, auteur du mémorable opéra Bérénice, créé cette saison au palais Garnier. Il s'agissait ce soir à la philharmonie de la création de Reflections, à savoir son second concerto pour piano. En soliste, quel plaisir de retrouver le toulousain Bertrand Chamayou !

Au sujet du titre de son concerto, le compositeur dit ceci:

J’ai choisi ce titre afin de préserver le double sens qu’a ce mot en anglais : à la fois pensée/réflexion et reflet. J’ai tenu à ce que cette partition soit l’écho d’une partie des pensées qui ont été les miennes après la création de mon opéra Bérénice, qui a eu lieu à l’automne 2018 au Palais Garnier.

Michael Jarrell

Le lien avec Bérénice est donc avéré. Et pourtant, il s'agit de tout autre chose. Bien entendu, on est toujours dans une écriture moderne, mais la notion de plaisir n'est cette fois-ci pas exclue. Sa construction est assez traditionnelle, en trois mouvements, avec un rapide, puis un lent puis de nouveau un mouvement rapide. Stupeur et tremblements, voici ce qu'évoque cette musique étonnante qui est créée devant nous. Une difficulté technique très élevée pour le pianiste, et pourtant, tout semble tellement clair avec Bertrand Chamayou. La seule chose qui trahit l'aspect compliqué de l'entreprise est qu'il joue avec la partition. On apprécie son phrasé, sa clarté et sa précision dans les aigus.  Dans une partie plus calme du premier mouvement, le chef obtient des pianissimos impressionnants avant qu'il ne s'achève dans un silence étonnant. Le calme du deuxième mouvement permet d'apprécier le charme de la mélodie, lente et entêtante qui est énoncée au piano tandis que l'orchestre offre un contraste étrange. Avec un crescendo impressionnant qui vient innerver l'ensemble d'un flux de vitalité. Enfin, le final, de par son rythme, est entraînant. La technique de Chamayou y est infaillible, un son cristallin au gré d'arpèges descendantes et des tutti très plaisants à l'orchestre. Ce concerto ne plaira pas forcément à tout le monde, mais on ne peut pas dire qu'il est mal écrit. Que ce soit dans l'emploi de certains intervalles ou dans l'exploitation d'idées très intéressantes.

Avec Berlioz, il s'agit de tout autre chose. On passe du profane au sacré, du contemporain à l'ancien. Le Te Deum ne répond à aucune commande, contrairement au Requiem qui le précède. Berlioz le compose en 1851, et pense que le retour de l'empire pourrait lui donner une bonne opportunité de créer son oeuvre. La partition ne sera créée qu'en 1855, à l'église Saint-Eustache, à l'occasion de l'inauguration de l'exposition universelle. Bien qu'étant de la musique sacrée, le Te Deum se distingue par son sens du spectacle et de la grandiloquence, dans le style le plus traditionnel de Berlioz. Et c'est ce qu'on attend pour un samedi soir à la philharmonie ! Du spectacle et de la grandiloquence. Cinq chœurs, un orchestre pléthorique, avec huit harpes ! Et Yamada ne s'y trompe pas. Tout est dans l'instant, dans l'intensité. Que ce soit la régularité de sa battue qui avance coûte que coûte, ou même sa gestique généreuse. Tout va dans le sens du spectacle. Il ne s'agit pas de livrer une interprétation riche en détails mais d'en mettre plein les oreilles. Ainsi, on pourra déplorer le manque de clarté dans le chant des chœurs. Mais cela s'entend assez aisément tant on imagine que tout ce beau monde n'a pas forcément l'habitude de travailler ensemble et surtout, que le temps de répétition est souvent contraint. Toutefois, lorsque les sections du chœur chantaient séparément, on retrouvait toute la précision du texte, notamment dans le fameux Dignare absolument déchirant. On appréciera également les commentaires musicaux de l'orgue de Thomas Ospital, toujours dans le ton. Il offrait soit une respiration, soit des accentuations de ce qui se passait à l'orchestre et au chœur. Le ténor Barry Banks n'intervenait que dans Te ergo quaesumus. Timbre clair et brillant, engagement sans faille de la voix, attaques tout en douceur et enfin, une prosodie tout à fait satisfaisante. Toujours dans ce Te ergo, saluons la beauté de la petite harmonie du Philhar' ! Mais surtout, la marche qui vient conclure le Te Deum. L'orchestre y est majestueux et les huit harpes interviennent enfin avec munificence, dans cet amas de joie au rythme intense. Oui au spectaculaire de Berlioz qu'on continue de célébrer de bon cœur en cette année 2019 !

Michael Jarrell
Reflections, concerto pour piano (commande de Radio France - création mondiale)

Hector Berlioz
Te Deum

Bertrand Chamayou piano
Barry Banks ténor
Thomas Ospital orgue

Maîtrise de Radio France 
Sofi Jeannin chef de chœur
Chœur d’enfants de l’Orchestre de Paris 
Lionel Sow chef de chœur
Maîtrise Notre-Dame de Paris
Emilie Fleury chef de chœur
Chœur de Radio France
Michael Alber chef de chœur
Chœur de l'armée française
Aurore Tillac chef de chœur
Orchestre Philharmonique de Radio France
Kazuki Yamada
 direction

 

Programme du concert

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