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Publié par andika

Sous la ceinture, pièce de théâtre de l'auteur américain Richard Dresser offre à l'amateur des arts de la scène tout ce qu'il peut espérer. Ce texte riche, dans une traduction de l'anglais au français savoureuse de Daniel Loayza, a été croqué par la compagnie Les Croquants. Dans le cadre intimiste du théâtre du gouvernail situé à Paris, dans le 19ème arrondissement, le spectateur se trouve directement plongé dans l'action.

Crédit Hugo Vouhé

Crédit Hugo Vouhé

L'histoire met en scène trois personnages masculins. Le premier, Dobbitt, arrive sur un site industriel perdu au milieu de nulle part. Il y trouve son collègue, le taciturne et revêche Hanrahan, ainsi que leur chef, l'angoissé Merkin. Les trois sont assignés à la tâche de la vérification. De ce trio va naitre une foison de situations toutes plus dingues les unes que les autres mais toutefois très pertinentes. 

Dobitt étant nouveau, a envie de faire ses preuves, de s'intégrer et de s'attirer la sympathie de ses collègues mais les choses ne vont pas être simples pour lui. En effet, comment réagir face à un personnage tel que Hanrahan qui dit littéralement tout ce qui lui passe par la tête ? Surtout lorsqu'il n'hésite pas à le titiller sur sa sensibilité, en ne se privant d'aucun coup bas. Avec le verbe acéré, toutes les vérités assénées à Dobbitt sont autant de plaies au coeur qui ne guériront pas. La base de ce théâtre est avant tout le dialogue, et ces paroles servies par de tels personnages deviennent rapidement jouissives. On ne sent pas le passage de l'anglais au français dans le texte tant le tout est fluide. Tant les jeux de mots sont limpides. On pourrait croire certaines répliques sorties toutes droit de la plume de Raymond Devos.

Le plaisir ne réside pas seulement dans le verbe mais aussi dans toutes les méthodes comiques déployées. Que ce soit la répétition, la situation, le geste, tous les moyens sont employés pour faire rire, et ça marche ! Chaque personnage ayant des traits très marqués, le contraste qui s'opère entre eux produit des étincelles. Chacun a sa part d'ombre et chacun a une part positive. Il n'y a pas de gentil ni de méchant tant les uns et les autres font et disent des horreurs. Et pourtant, une sorte de relation s'établit toutefois entre les trois vérificateurs. 

Ainsi, la scène de la fête où ces exclus se rassemblent non sans dissension. Mais ce sont avant tout trois solitudes qui se rencontrent. Trois solitudes qui suscitent l'empathie du spectateur et une once d'empathie entre les personnages respectifs. En effet, ce lieu industriel désincarné qui prend peu à peu les contours d'une prison ronge ses pensionnaires. Il en ressort justement des caractères plus durs que s'il s'agissait d'un environnement plus clément.

Dans cet univers où tous les coups sont permis, on rira, et on réfléchira aussi tant cette pièce est enthousiasmante et stimulante ! Elle questionne notre rapport aux autres, collègues et mêmes à nos proches. Le monde du travail en prend aussi pour son grade dans la description d'une certaine inertie bureaucratique. Elle ne se prive pas non plus de mauvais esprit dans une mise en scène de Jean-Claude Scionico très dynamique où il n'y a pas de temps mort. Les changements de plateau s'effectuant de façon fluide, nous faisant naviguer de la chambre au bureau en passant par le rebord du fleuve. Chaque élément du plateau étant utilisé à bon escient et apportant quelque chose à l'histoire, notamment une simple chaise qui se transforme en ressort comique récurrent.

Enfin, comment ne pas mentionner ces trois généreux comédiens qui se fondent totalement dans leurs personnages. Antoine Gardent en Dobbitt, le nouveau qui veut bien se faire voir coûte que coûte mais qui s'affirme peu à peu. Jean-Erwan Denayrou, en horrible Hanrahan, qui ne fait aucune concession sur sa franchise mais qui se révèle peu à peu être un coeur tendre doté d'une grande sensibilité. Et enfin, Pierre Magnan en Merkin, le patron qui semble avoir peur de sa propre ombre mais qui applique à la perfection l'adage qui dit qu'il faut diviser pour mieux régner. 

Sous la ceinture est tout simplement du bon théâtre dont on aurait tort de se priver.

Tous les lundis d'avril et mai 2019 Au théâtre du gouvernail

Infos et réservations ici

SOUS LA CEINTURE

de Richard Dresser

Mise en scène Jean-Claude Scionico

 

Distribution

Jean-Erwan Denayrou

Hanrahan
Antoine Gardent Dobbitt
Pierre Magnan Merkin
Équipe

Chloé Bellemère

Scénographie
Namiko Kobayashi Création costumes
Étienne Rochard Composition sonore et musicale
 Ladane Dehdar Illustratrice
Hugo Vouhé Photographe

Jean-Claude Scionico

Mise en scène
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