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Publié par andika

Le Bergen Philharmonic Orchestra était en concert le dimanche 31 mars 2019 à la Seine musicale, à l'invitation de l'Insula Orchestra, le résident habituel de cette salle. En ce début de printemps, il fallait se rendre sur l'Ile Seguin afin de goûter à ces sonorités nordiques venants tout droit de la Norvège d'Edvard Grieg, célèbre compositeur mais également ancien directeur musical de l'orchestre. Et cela tombait bien puisque deux de ses oeuvres étaient programmées. Une Suite n°1 issue de Peer Gynt et son Concerto pour piano en la mineur. A la tête de l'orchestre, son chef, le britannique Edward Gardner et au piano, la merveilleuse pianiste allemande, Alice Sara Ott

Peer Gynt est un drame poétique de l'écrivain norvégien Henrik Ibsen en 1867. Il a par la suite adapté son texte aux planches pour donner la fameuse pièce qui dure près de 4 heures. Il avait alors sollicité Grieg pour en écrire la musique. Cette histoire raconte l'histoire de Peer, jeune homme qui déshonore une femme mariée en pleine faite, qui fuit dans la montagne, a diverse aventures, vieillit, voyage et garde pourtant tout à fait son esprit juvénile. La fraîcheur du personnage de Peer Gynt se traduit également dans la musique de Grieg. Elle permet de mettre à l'oreille, tout ce que l'on n'a pas à l'image. Elle ne se borne pas à illustrer l'action, elle raconte aussi une histoire. La Suite s'ouvre par "Au matin", une évocation de l'aurore que Grieg voyait comme "le soleil qui perce les nuages." Et en effet, tous ces instruments à vent sont très perçants, et amènent des couleurs fruités. Mais également une certaine fraîcheur rappelant la rosée du matin. La petite harmonie projette un son particulièrement nordique, coloré mais froid. Charmant, chantant mais un peu distant. Une beauté qui ne s'offre pas au premier venu mais qui se laisse admirer au travers de petites piques et de vibrato. Un printemps qui s'éveille mais qui sort à peine de l'hiver. Cette retenue se poursuit dans La Mort d'Ase riche en émotion avec ce motif ascendant qui se répète sans cesse et ce tempo lancinant. Cela contraste avec la danse d'Anitra. Tempo à trois temps, triangle omniprésent, un caractère festif, un son rond, doux, chaleureux et emphatique aux cordes. Un vrai sens du divertissement chez le chef avec des pizzicatos onctueux aux cordes. Enfin, nous voici dans l'antre du roi de la montagne. Passage connu s'il en est. Le chef s'attache ici à bien exposer les différentes textures de son orchestre, que ce soit au niveau des timbres avec des graves bien généreux et vrombissants (violoncelles, contrebasses, percussions) où des des dynamiques avec un crescendo irrésistible qui culmine jusqu'à la fin. 

Le concerto pour piano de Grieg est un tout autre morceau. Il n'a que 25 ans lorsqu'il le compose, et cela demeurera sa seule tentative dans le genre. Et quelle tentative, elle s'est imposée depuis au répertoire. C'est même le premier concerto complet jamais enregistré en 1909, par le pianiste allemand Wilhelm Backhaus. Grieg l'a néanmoins remanié pas moins de sept fois. Dès l'introduction majestueuse de l'Allegro molto moderato, on entend le joli son de Alice Sara Ott au piano. Son touché est léger, son jeu est coloré, elle est vraiment avec l'orchestre et tout le monde fait preuve d'une belle écoute mutuelle. Le chef maintient la tension de bout en bout en insufflant une bonne pulsation. On savoure le goût des phrases bien construites, que ce soit au piano ou à l'orchestre. Même la sonnerie d'une téléphone pendant la cadence de la soliste ne peut pas gâcher ce moment. L'Adagio est un grand moment paysagiste évoquant les contrées nordiques. Le dosage des nuances y est soigné, et le ton demeure léger et chantant. Tout le contraire du Finale, Allegro moderato e marcato. Rarement un tutti n'aura été aussi impressionnant, le chef imprime un poids démentiel à l'orchestre. Mais miracle de la salle, aucune saturation à l'horizon, juste la richesse du son avec des fortissimos absolument jubilatoires. Dans ce temps printanier, on ne dessine plus à l'aquarelle mais au feutre noir. Pendant ce temps, la pianiste est engagée dans des cavalcades vertigineuses, dans un jeu incessant de question réponse avec l'orchestre. Les graves de Alice Sara Ott sont onctueux dans ce mouvement. On regrettera quelques passages où elle est totalement recouverte par l'orchestre, mais cela tient davantage à l'écriture de ce mouvement. Après une ovation bien méritée, Alice Sara Ott est revenue pour donner en bis la Gnossienne n°3  de Satie. Beau choix, compositeur français tout d'abord et ensuite, il était dans la lignée du programme de son récital donné la veille au même endroit. Ambiance résolument différente, plus calme, plus floue, qui permet de redescendre tranquillement. Alice Sara Ott, c'est le talent, mais c'est aussi le courage, pour elle qui vient de révéler qu'elle souffrait de sclérose en plaques. La voir sur scène est un signe positif porteur d'espoir. 

Enfin, après l'entracte, la Symphonie n°1 en do mineur de Brahms. Surnommée la dixième de Beethoven par Hans von Bulow, elle a connu une gestation de près de 20 ans. De forme classique en quatre mouvements, elle débute par une introduction de 37 mesures Pocco sostenuto au caractère sombre. Cette introduction annonce la plupart des motifs qui seront utilisés dans le premier mouvement noté Allegro. Gardner opte donc pour une approche de bâtisseur, en construisant patiemment ses phrases, en organisant de longues séquences. Le son produit est rond, chaleureux, charmant, coloré, avec des saillies sortant de certains pupitres, tels ces timbales. L'Andante sostenuto, c'est peu de vibrato, beaucoup de chant dans une ambiance pastorale. Les interventions du hautbois solo nous emportent dans un lyrisme exacerbé. Le II, Un pocco allegretto e grazioso. Des tierces omniprésentes permettent au chant de se déployer, surtout au sein de la petite harmonie qui s'en donne à coeur joie dans cette ambiance printanière. La part belle est pour la clarinette et pour le hautbois, la gestique du chef étant sobre et précise. Le dernier mouvement, un Adagio, Più andante. Allegro ma con brio, Più allegro utilise un thème qui ressemble étrangement à celui de l'Ode à la joie. Et pourtant, c'est déjà pleinement du Brahms dans la construction, dans les dynamiques, les textures orchestrales. Les crescendos sont ici vertigineux, les fortissimos font trembler. Qu'il est agréable d'entendre dans certains accords chaque octave, tant le son est riche et opulent.  Après la symphonie, l'orchestre est revenu pour deux bis d'une belle générosité.

Bergen, ce sont des couleurs particulières, une richesse dans le son, parfois clinquant, parfois recueilli, une sacrée petite harmonie qui offre des couleurs vraiment savoureuses. Un chef inspiré qui sait bien utiliser les possibilités de son orchestre. Revenez quand vous voulez !

Programme du concert du 31 mars 2019 à la Seine musicale

Edvard Grieg

 

Peer Gynt, Suite n° 1

Concerto pour piano

Johannes Brahms
 
Symphonie n° 1
Distribution
Alice Sara Ott

 
Piano
Bergen Philharmonic Orchestra
Edward Gardner direction

 

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