Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par andika

Le Chœur et Orchestre Sorbonne Université (COSU), réduit à sa partie orchestrale, était en concert à l'amphithéâtre de la Sorbonne le vendredi 15 mars 2019 dans un programme intitulé sobrement Eroica. Cet adjectif n'était pas usurpé pour un concert fleuve de près de deux heures qui a fait traverser les époques tout aussi bien que les genres. De la symphonie au concerto, du contemporain au classique, du romantisme à l'IRCAM ! La lourde tâche de diriger tout cela incombait au chef Sébastien Taillard.

Héroïque, il faut l'être au crépuscule de sa vie pour produire des œuvres aussi belles que D'un soir triste et D'un matin de printemps. C'est ce que parvient à faire Lili Boulanger, partie trop tôt à cause de la tuberculose en 1918. Et pourtant, cette même année, ces deux instants musicaux utilisant le même thème mais dans deux ambiances radicalement opposées. Au soir triste la noirceur, au matin de printemps la lumière. Un début timide dans la tristesse puis la violence des fortissimos permet d'entrer dans le vif du sujet d'un soir triste qui porte décidément bien son nom. Mais le diptyque se termine sur la note positive du matin de printemps où l'orchestre entre pleinement dans son sujet.

Le COSU dans le grand amphi de la Sorbonne

Le COSU dans le grand amphi de la Sorbonne

Bien que l'époque change avec ... and nothing could be said that has not been said before de Karim Hadad, l'ambiance y est toujours à la gravité. Œuvre dédiée aux musiciens du COSU et au chef Sébastien Taillard, on sent qu'elle a été répétée méticuleusement. Répétitions méticuleuses pour œuvre méticuleuse, qui se joue des influences et des différentes unités temporelles dans ses six mouvements. On sent un côté brucknerien dans le A1 noté Sehr feierlich und sehr langsam. Tout au long de ces séquences, un recueillement se fait sentir, une osmose s'opère au sein de l'orchestre malgré la multitude d'événements qui se déroulent. L’œuvre capte l'attention par ses textures, sa douceur et parvient à susciter une profonde émotion. Variété de styles, d'influences, l’œuvre n'en est pas moins accessible. Puisse elle vivre maintenant et être jouée le plus souvent possible.

Après un entracte, l'orchestre est de retour en compagnie de la violoncelliste Mathilde Reuzé, lauréate du Concours Jeunes Solistes Sorbonne Université 2018, afin de jouer les Variations sur un thème rococo de Tchaïkovski, dans la version de Fitzenhagen, à qui la partition était initialement dédiée. Le charme du romantisme opère, que de talents, que de jeunesse, que de voluptés. La soliste affiche un niveau très élevé malgré son jeune âge. Un très joli son, une technique irréprochable avec notamment des glissandos de toute beauté. Un vrai sens du chant et de la mélodie, tout semble facile lorsqu'on écoute Mathilde Reuzé. De surcroit, la petite harmonie de l'orchestre se distingue à de nombreuses reprises en se montrant très charmante. Le bis, toujours de Tchaïkovski avec La Prière du matin, où seuls les violoncelles de l'orchestre jouaient avec la soliste, a fini de nous convaincre.

Après ces œuvres très hétérogènes, quoi de plus classique qu'une symphonie pour clôturer le concert. C'est chose faite avec la Symphonie n°3 "Eroica" de Beethoven. Dédiée initialement à Napoléon Bonaparte, Beethoven raya rageusement la dédicace de la partition lorsqu'il appris que son héros s'était fait couronner empereur. L’héroïsme, là est le thème de cette symphonie en mi bémol majeur qui offre de nombreux moments de gloire aux différents pupitres. Le chef attaque ici avec les meilleurs intentions. Sens de l'attaque, des ruptures de ton, du contrechant et bien entendu du chant. Les idées claires de Sébastien Taillard parviennent à faire entendre des choses très intéressantes, elles permettent également de préserver certains pupitres plus exposés que d'autres parfois. Ainsi, on valide ce tempo allant dans le I, Allegro con brio, ainsi que le choix d'effectuer la reprise. Le mot héroïque n'est pas galvaudé devant l'énergie orchestrale déployée. Il y a parfois un petit manque de densité provenant de cet orchestre formé pour une majorité d'étudiant, mais quand l'élan et les intentions sont là, ce n'est pas un problème. La marche funèbre est d'une sobriété et d'une solennité prodigieuses. On se délecte de ce formidable appel de cor et d'un merveilleux hautbois solo. Le tutti du scherzo emporte tout et contrebalance quelques passages où la tension vient parfois à manquer. Enfin, le finale en thème et variations rebondit bien avec de très belles attaques aux cordes, et un renouvellement constant du discours. Le chef parvenant à préserver les forces en présence afin d'obtenir un résultat très satisfaisant.

Concert fleuve aux ambiances diverses, et variées. Le COSU permet de visiter le répertoire avec un enthousiasme non dissimulé dans un cadre fantastique. En effet, le grand amphi de la Sorbonne bénéficie d'une acoustique de toute beauté. Dans une soirée emprunte de jeunesse et de talent, ponctuée par une Eroica dont on ne se lasse pas, le COSU a offert un moement héroïque à ses spectateurs !

Programme du concert du Vendredi 15 mars 2019
Lili Boulanger

D'un soir triste

D'un matin de printemps

Karim Haddad ... and nothing could be said that has not been said before (création mondiale)
Piotr Ilitch Tchaïkovski Variations sur un thème rococo
Ludwig van Beethoven Symphonie n°3 "Eroica"
Orchestre Sorbonne Université
Mathilde Reuzé Violoncelle (Lauréate du Concours Jeunes Solistes Sorbonne Université 2018)
Sébastien Taillard Direction

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article