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Publié par andika

Les lundis musicaux font partie des rendez-vous les plus intéressants de la capitale dans la saison musicale. Créée en 1977 à l'initiative de Pierre Bergé, cette série a accueilli les plus belles voix au théâtre de l'Athénée.

Il incombait à la jeune soprano portugaise Raquel Camarinha d'assumer ce lourd héritage, accompagnée du pianiste Yoan Héreau en ce lundi 11 février 2019. Disons le d'emblée, la tâche a été accomplie avec succès lors de ce superbe récital.

Tout d'abord grâce au format de ce concert dans une salle aux dimensions modestes. Cela permet de créer une véritable intimité entre les artistes et le public. Et quand en plus de cela, les artistes créent une interaction en s'adressant directement au public, l'intérêt n'en est que plus grand. Ainsi, entre les différentes ouvres, Raquel Camarinha et Yoan Héreau n'hésitaient pas à prendre la parole pour expliquer ce qu'ils venaient de chanter et de jouer, cela ajoutant une réelle plus value au spectacle. Une simple anecdote contant la rencontre des deux artistes autour d'un concert consacré à Debussy ne fait que renforcer l'écoute qu'on aura par la suite des Cinq poèmes de Baudelaire mis en musique par le compositeur. Mais avant cela, il fallait tout d'abord goûter aux orientalismes de Maurice Ravel dans Shéhérazade et de Maurice Delage dans Quatres Poèmes hindous. Puis, terminer avec Francis Poulenc à Montparnasse, Hyde Park et La Dame et Monte-Carlo. Programme alléchant complétant utilement le disque des deux artistes paru récemment chez Naïve et intitulé Rencontre.

Dès les premiers instants du Shéhérazade, le mot Asie emplit la salle dont Raquel Camarinha prend immédiatement la mesure avec une facilité déconcertante. Une clarté de la ligne de chant et un diction française parfaitement intelligible. On entend chaque mot sans que cela n'entache la moindre mesure la musicalité. De très belles envolées vers les aigus sur de nombreux vers, notamment Je voudrais voir mourir d'amour ou bien de haine. Changement de registre dans les Quatre poèmes hindous, inspirés de textes de tradition bouddhiste. On goûte ici davantage à la puissance de la voix de Raquel Camarinha. Un tempo plus allant notamment dans Bénarès, des vocalises à capela et des paroles pas loin de se réaliser en vrai pour le spectateur , comme par exemple dans Jeypur:  "Si vous la voyez, votre esprit se trouble. Si vous la touchez, vous perdez la raison." Les Cinq poèmes de Beaudelaire permettent de mettre en avant le piano de Yoan Héreau, notamment au début du poème intitulé Recueillement. Un accompagnement subtile doublé d'une réelle présence. Le grand moment de la soirée était définitivement La Dame de Monte-Carlo. Raquel Camarinha y a déployé tous ses talents d'actrice en plus de ses qualités vocales. Quel charisme. Quelle attitude conquérante dans sa manière de s'adresser à la salle et de captiver l'auditoire par la voix et les gestes. Quelle présence. Ainsi, lorsqu'elle chante: "Cette nuit je pique une tête Dans la mer de Monte -Carlo. Monte -Carlo", on est bien tenté de la croire !

Même si le programme indiquait que c'était la fin, le concert était loin d'être fini, puisqu'il a été agrémenté de pas moins de quatre bis. Tout d'abord avec du Fauré pour compléter le plateau de compositeurs français. Puis un fado intitulé Mon amour, très touchant et rappelant la partie de la soprano, pour enfin s'achever par Je ne t'aime pas de Kurt Weill. Alors, même si les dernières paroles de Raquel Camarinha lors de ce concert étaient justement le titre de cette chanson, nous ne pouvons que l'aimer après l'avoir entendue. 

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