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Publié par andika

Jeudi 17 janvier 2019, le chef estonien Neeme Järvi faisait son grand retour à la tête de l'Orchestre national de France après des passages remarqués en 2016 et 2017. Un fois de plus, il a emmené dans ses bagages un répertoire 100% russe avec la Symphonie n°1 en ré mineur, op.13 de Serge Rachmaninov et la Symphonie n°6 en si mineur, op.54 de Dmitri Chostakovitch

A 80 printemps passés, Neeme Järvi est un chef qu'on ne présente plus, issu du moule de la formation soviétique, père de chefs d'orchestre reconnus (dont Paavo Järvi), il est passé expert dans le répertoire russe. Doté d'un charisme incontestable, il n'a besoin que de peu de gestes pour faire jouer l'orchestre. Le programme qu'il a concocté pour cette soirée mettait face à face deux symphonies russes, qui chacune commence de manière assez sombre pour se terminer assez glorieusement.

Pourtant, le mot gloire n'a pas toujours été associé à la première symphonie de Rachmaninov. Composée en 1894 et créée l'année suivante, il est possible de dire qu'elle est assez mal née. En effet, le chef qui dirigeait la première était en état d'ébriété pendant le concert, il s'agit du fameux Alexandre Glazounov (d'ailleurs professeur de Chostakovitch, lequel lui procurait de l'alcool de contrebande pendant les premières années de l'URSS). L'échec de cette création causa une longue dépression au compositeur. Partition à haut risque qui demande rigueur et précision, notamment en raison de ruptures de rythmes et de bien d'autres joyeusetés. Page étonnamment moderne provenant d'un jeune Rachmaninov âgé de 21 ans lorsqu'on la compare au reste de son oeuvre symphonique. Construite de manière cyclique, un peu comme la symphonie en ré mineur de César Franck, le même thème sombre revient sans cesse tout au long des quatre mouvements. Quatre notes (do - ré - mib - ré) qui jalonnent l'oeuvre et offre peu de répit, ni de véritable résolution. Le premier mouvement, noté Grave - Allegro non troppo, est très lyrique, lent, les cuivres s'expriment avec beaucoup de chaleur et disposent en premier du fameux thème. Le légato des cordes est très beau, mais le tout commence assez calmement avant de s'accélérer. Dans le II, Allegro animato, on ressent comme quelque chose constamment en suspend, sombre, éclairé par le solo de violon dans un style un peu tzigane interprété superbement par Sarah Nemtanu, premier violon de l'ONF. Le III, Larghetto,  continue avec le même motif, énoncé ici par les cordes, le style est ici romantique mais le chef, n'en fait pas trop et évite le côté sirupeux, les instruments dialoguent, notamment les cors et les cordes. Enfin, le finale, Allegro con fuoco, entre totalement dans la démesure. Plus la symphonie avançait, plus l'orchestre était alerte tant et si bien qu'arrivé ici, il donnait sa pleine mesure. Fanfare de trompettes, déluge de percussions avec la caisse claire, le triangle, les timbale, les cymbales, la grosse caisse et surtout l'immense coup de tam-tam suivi d'un point d'orgue. Beaucoup de rythme, de passages syncopés, de contretemps. Le temps est brisé entre des cavalcades de croches aux cordes, avant d'enfin reprendre le thème de manière douloureuse. Mais cette puissance déployée n'est pas libératrice, elle ne fait que renforcer l'incertitude qui jalonne l'ouvrage même si le final est assez lumineux. L'orchestre est totalement engagé dans cette fin énergique et éprouvante.

Après l'entracte, place à la 6ème symphonie de Chostakovitch, composée peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale. Pas encore tout à fait une symphonie de guerre comme la 7ème qu'elle précède. Elle s'ouvre pourtant dans une ambiance très sombre. Assez parente de la 5ème symphonie, elle a toutefois un mouvement en moins, ce qui fait parler de symphonie sans tête. Le premier mouvement, Largo, est très sombre, le thème se lamente la première fois qu'il apparait aux cordes avec force vibrato. Puis l'ensemble s'éclaire avec l'Allegro en II, la petite clarinette est joyeuse, les cuivres sont opulents, le tutti est très puissant, beaucoup de rebond dans la musique et le maestro Järvi frétille sur sa chaise. Enfin, le Presto montre un orchestre très alerte et bien en place. Cela ressemble aux caractéristiques les plus saillantes de Chostakovich avec beaucoup d'humour, de sarcasmes et un petit côté grotesque qui semble figurer un match de football selon les musiciens de l'orchestre de Leningrad à l'époque de la création. Le compositeur étant un féru de ce jeu. Les musiciens ne s'y trompent pas en affichant un sourire permanent. On remarque une fois de plus un très joli solo de violon de Sarah Nemtanu. Symphonie concise, représentative de l'oeuvre et de la personne de Chostakovitch, avec un côté dépressif qui contraste avec une fausse joie et un petit côté violent dans l'humour. L'ouvrage a été donné dans une lecture experte par Neeme Järvi, qui a une fois de plus triomphé à la tête du national.

 

Programme du concert

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