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Publié par andika

Après les deux premier épisodes du Quai en octobre dernier, la Cie Jetz était de retour au théâtre 13 les 17 et 18 décembre pour les épisodes 3 & 4. Après un bref rappel des faits, on entre directement dans le vif du sujet. Il n'est plus utile ici de présenter les personnages qu'on connait déjà, ni le contexte. On retrouve notre chère Florence au milieu du quart monde, dans un job ingrat. Deborah Banoun et Anne Seiller optent d'emblée pour un rythme beaucoup plus dynamique en montrant immédiatement l’infrastructure de la précarité, tout ce que cela implique concrètement dans la vie, toutes les absurdités, toutes les humiliations.

Une scène en particulier captive, avec une Danse des fleurs de Tchaïkovski dévoyée. Là où cette musique illustre le fabuleux ballet Casse noisettes, ici, elle est employée pour appuyer un ballet non moins précis mais beaucoup moins glamour: le ménage. Tout importe, le rythme, la coordination des mouvements, la présence du corps dans l'espace, la précision. Mais là où le ballet renvoie à l'art, ici, on n'évalue que la performance avec des chiffres, des choses très concrètes. Il s'agit d'une forme de déshumanisation où l'on juge une personne que à l'aune de ses statistiques en se gardant bien de se laisser aller à la moindre émotion. Ainsi, une cadence trop faible peut mener à un licenciement... Cette mise en abîme est une idée de mise en scène très intéressante qui rend la séquence percutante.

Cette précarité se décline de plusieurs manières, que ce soit dans les ménages, dans les call center, les licenciements abusifs, les dépenses de santé différées ou plus pernicieux encore, ces CDD qui peuvent se métamorphoser en CDI si on cède aux avances de son supérieur. Les thèmes des premiers épisodes sont ici repris mais variés utilement. Ils sont présentés de manière encore plus concrète et viscérale. Ainsi, le vécu de chacun pourra entrer en écho avec ce qu'il verra dans cette pièce.

Théâtre toujours aussi dynamique, vrai, ancré dans son temps, la quai sait retenir l'attention, rester en mouvement. Avec parfois des intermèdes musicaux alliant La petite musique de nuit de Mozart ainsi que sa Symphonie n°40, mais plus intéressant encore, l'usage de la bande originale de American Beauty, film qui présentait un homme déclassé, qui cherchait un sens à sa vie. Avec parfois aussi des intermèdes humoristiques où l'on se rit des petites misères de la vie, qu'elles soient affectives, matérielles.

Que va t-il advenir de Florence ? Qu'il semble loin son stage, que le droit semble loin dans ce petit bout de Normandie. Par son histoire, et cette présentation naturaliste rappelant parfois Zola, nous sommes face à une France qui souffre quand bien même elle serait au travail. Curieux écho avec une actualité récente.

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