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Publié par andika

Pierre Schoeller nous livre avec Un peuple et son roi une véritable leçon d'histoire mais en faisant cela, il en oublie parfois de faire du cinéma. Dans la veine du roman historique, le film historique peut avoir son intérêt. Surtout lorsqu'on se penche sur le Révolution de 1789. Quatre-vingt treize de Hugo le faisait très bien, en maniant des personnages historiques tels Danton et Robespierre, avec des personnages de son invention qui sont les inoubliables Cimourdin, Gauvain et Lantenac.

Dans le film de Schoeller, les personnages de fiction font pâle figure face aux Robespierre, Danton, Louis XIV, Marat et autres...

Pourtant, le casting est excellent avec un Gaspard Uliel en Basile et surtout, une sublime Adèle Haenel en Françoise, très intense dans son jeu. Mais on ne s'attache pas à ces personnages qui font la petite histoire dans la grande, on a peu d'empathie car on n'a pas l'opportunité de vraiment les connaitre tant ils ne servent que d'outil pour parler de la Révolution. Tous les épisodes y sont, de la prise de la Bastille à la fuite de Varennes, en passant par l'exécution du roi.

Le scénario ne creuse pas assez les souffrances du peuple mais fait de belles propositions notamment en parlant du rôle des femmes. Les sans culottes deviennent des sans souliers. Image marquante que de voir toutes ces personnes nues pieds mais pas assez saillante. Même si la symbolique du lavage des pieds des enfants par le roi le jeudi saint permet de faire un écho efficace. Et de cette scène éclot une incompréhension entre l'enfant qui dit au roi (campé par un excellent Laurent Lafitte tout en retenu) qu'il aura bientôt des souliers. Louis XVI est circonspect devant un tel dénuement. Et cette incompréhension entre un peuple et son roi ne va cesser de croître. Entre un roi qui ne craint que d'être la risée de ses ancêtres et un peuple qui aspire seulement à être libre et prospère. Au fur et à mesure, les petites incompréhensions vont se muer en fractures béantes, symbolisées en plusieurs étapes. Départ du roi de Versailles pour Paris, fuite de Varennes, conspiration avec les ennemis, véto systématique et enfin le procès. La figure du roi est omniprésente et pourtant absente. Et Laurent Lafitte joue de manière très sobre (mode comédie française activé), avec une souffrance intérieure assez touchante. On voit un homme qui contemple tout ce en quoi il croit s'effondrer sous ses yeux. Mais en même temps, impossible d'avoir de l'empathie, ou de l'hostilité envers lui. Comme le dit si bien Robespierre, joué par un Louis Garrel rigide, et froid (et sexy), il n'y a ni haine, ni amour pour le roi mais il doit mourir car c'est le sens de l'histoire.

Mais la plus belle histoire est peut être celle de Basile, le seul personnage du film qui voit en la révolution une opportunité réelle d’amélioration de la vie. Oui, en effet, la révolution est le temps du pardon, et comme le dit si bien Gauvain dans Quatre-vingt treize, s'il est impossible de pardonner, à quoi bon vaincre ?

Enfin, en dehors de l'Histoire, il reste un peu de temps pour le cinéma, au milieu de ces décors naturels, on perçoit une photo sublime, notamment lors de scènes éclairées simplement à la bougie. Mais il y a des problèmes de rythme et de narration. Au final, il s'agit d'un bon film de sortie scolaire.

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