Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Publié par andika

Première année est un film vrai, authentique, sincère, qui ne cède à la fiction que pour trouver plus de grandeur et obéir aux codes inhérents du cinéma.

Pour qui a vécu une fameuse première année commune aux études de santé (PACES) ce film rappellera beaucoup de souvenirs. Que cette première année ait été couronnée de succès ou ait été un "échec". Mais plus que la PACES, ce film rappellera aussi des souvenirs aux anciens PCEP1 et PCEM1. Que de sigles barbares pour résumer une chose simple: SÉLECTION.

Les règles sont connues de tous avant d'arriver dans l'amphi le premier jour mais elles n'en sont pas moins cruelles. 10% seulement des présents passeront le cut. Seront-ce les meilleurs ? Assurément mais sur quels critères ? Les plus intelligents ? Certainement pas ! Les plus empathiques ? Permettez moi de rire. Les plus efficaces ? Sans aucun doute. Mais les qualités requises pour passer cette année ne sont pas forcément les mêmes que celles qui font de bons médecins et tout cela est un paradoxe. Tout comme le fait d'être confronté si jeune à des échéances qui détermineront notre parcours pour le reste de notre vie.

Il y a plusieurs manières d'aborder la chose. Tout d'abord, celui qui n'a jamais envisagé une autre profession que médecin. Qui veut y parvenir coute que coute. Même s'il doit aller à l'étranger. Même s'il doit faire toutes ses années d'études deux fois. Ça, c'est Antoine, le personnage de Vincent Lacoste, triplant. Passionné de médecine, qui rêve chaque jour d'en faire son métier, qui s'extasie devant les dissections de cadavres. Mais il est tellement focalisé sur son objectif qu'il en perd justement toute objectivité sur un certain nombre de choses. Notamment ses méthodes de travail mais pire, ses relations avec les autres. Plus son obsession progresse, plus il s'isole avant de sombrer dans une terrible paranoïa. Son état n'est pas loin du tout d'être pathologique. Plus rien d'autre ne compte que ce satané concours, et tout dans sa vie doit le servir dans ce but, au risque de vraiment passer à côté de belles choses, de belles amitiés.

Au contraire, le personnage de Benjamin, interprété par un brillant William Lebghil, ne sait pas trop ce qu'il veut faire de sa vie. Il a visiblement des facilités mêmes si au lycée, il ne se classait pas forcément parmi les meilleurs pour aller en prépa. Va alors pour médecine, comme papa. Il arrive assez décontracté, et curieux de découvrir son nouvel environnement de la fac. Avide de rencontres et de découvertes, il se lie d'amitié avec l'ancien, Antoine, et plus le temps passe, plus il s'avère bon. Il semble même prendre du plaisir à étudier, apprendre, régurgiter. Tout cela parce qu'il est constamment entouré, dans le partage et absolument pas obsédé par le concours. Il accorde plus d'importance à ses interactions avec les autres, aux relations humaines. On comprend au fur et à mesure qu'il se dirige dans cette direction pour faire plaisir à son père et que malheureusement, malgré tous les efforts qu'il pourra fournir, cette relation ne sera pas forcément réparée.

Mais alors, qui fera le meilleur médecin ? L'acharné, qui n'envisage rien d'autre jusqu'à en devenir fou, où l'autre, sympathique, facile mais pas forcément motivé par cette voie ? C'est la question à laquelle ne répond pas ce film et à laquelle ne répondra jamais la PACES. La vraie réponse, c'est que les deux feraient de bons médecins mais que ce système peut parfois l'empêcher et que cela occasionne parfois des drames. Dépressions, suicides, perte d'estime de soi, et beaucoup d'autres choses causées à notre jeunesse qui à 20 ans, au lieu de faire la fête et profiter de la vie, se prend un mur de souffrances alors que sa motivation de base était de sauver des vies.

La sélection ne s'opère pas sur le mérite ni sur le talent. Elle se fait sur l'ascèse, la résilience. Elle est hautement injuste car elle laisse de côté bon nombre d'étudiants talentueux. Mais peut-être que cette absurdité vit ses derniers jours.

Hormis ce problème de société qu'est la PACES, que ce film expose bien aux non initiés, il n'en oublie pas de faire du cinéma. Avec des plans exquis sur ces salles d'examens qui se vident, sur ces ballets dans les amphis, sur ces chambres remplies de livres, et sur les visages de ces jeunes personnages. Une fois de plus, à travers son exploration de la médecine française, Thomas Lilti nous conte une histoire profondément humaine. De la Première année au serment d’Hippocrate, il y a définitivement beaucoup d'étapes à franchir.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article