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Publié par andika

Après avoir décliné une première invitation à assister à ce concert de l'Orchestre de Paris du jeudi 24 mai 2018 à la Philharmonie, je n'ai pas pu résister à une seconde. En effet, la gratuité de la deuxième proposition avait fini de me convaincre de revenir entendre la pianiste Andras Schiff dans ce lieu, après un récital de toute beauté en début d'année. L'orchestre était placé à cette occasion sous la direction du chef David Zinman dans un programme allant du XXème siècle français, pour aboutir au XIXème siècle viennois. Mettre le Concerto pour piano n°4 de Beethoven en deuxième partie obligeait le mélomane à se concentrer d'abord sur la Symphonie n°2 d'Arthur Honegger puis Les Bandar-Log, poème symphonique du compositeur français Charles Koechlin, inspiré du livre de la jungle.

La Symphonie n°2 pour orchestre à cordes (et trompette) de Honegger était une commande du chef d'orchestre suisse Paul Sacher en 1936, à son compatriote qui habitait la France. Mais à cause des événements que vous connaissez qui sont intervenus quelques années après, la commande a mis du temps à être honorée. Ce n'est qu'en 1942 que l’œuvre a été créée. C'est peut-être d'ailleurs pour cette raison que de cette musique ressort un certain trouble, une certaine intranquillité. Le Molto moderato - allegro initial alterne entre un tempo rapide et un tempo lent, et plus le tempo est rapide, plus les cordes jouent fort, mais aucun confort à cause de ce thème partant des altos alternant les croches et les syncopes, se répétant encore et encore. Le II noté Adagio mesto se démarque par une belle progression harmonique et un crescendo habilement construit sur le plan dynamique par le chef, David Zinman on est frappé par l'équilibre des pupitres de cordes. L’âpreté de cette musique frappe encore davantage dans le III, noté Vivace, non troppo. Un ostinato oppressant aux seconds violons, une mélodie tendue aux premiers violons, un rythme ternaire (6/8) accentuant une impression de déséquilibre jusqu'à l'irruption soudaine de la trompette solo qui semble résoudre l'ensemble par un choral libérateur. La trompette étant la seule source lumineuse et un temps soit peu positive de cette musique au combien enivrante, mais si déstabilisante. Il est vrai que le son d'une seule trompette peut recouvrir tout un orchestre, en voici une belle illustration. Beaucoup de belles choses dans une interprétation de qualité de l'orchestre.

Changement d'ambiance avec une entrée au répertoire ! En effet, Koechelin, bien que français de son état, n'avait jamais eu l'honneur d'être joué par l'Orchestre de Paris. Ce poème symphonique, illustration de la musique à programme a été composé entre 1939 et 1940 et créé en 1946. Cette musique se démarque par de forts contrastes et de nombreux effets, une certaine audace dans l'orchestration, notamment en donnant un solo au contrebasson (!), puis un côté quelque peu grotesque point lorsque le célèbre thème de la chanson j'ai du bon tabac apparaît. De nombreux pupitres reprenant le thème dans des tonalités différentes avant un déluge de percussions assez impressionnant. Théâtralement fort, musicalement passable.

Ainsi dans une première partie une œuvre plutôt sobre, puis une œuvre assez espiègle, après l'entracte, Beethoven fera la fusion entre ces deux tempéraments.

Le Concerto pour piano n°4 de Beethoven est assez étonnant. Après les dimensions gigantesques du troisième concerto, Beethoven revient ici à quelque chose d'un peu plus intimiste. Composé pendant une période consécutive à la crise de sa surdité, on sent que le génie explore d'autres chemins. Chemins que Zinman et Schiff vont arpenter ensemble. Deux anciens qui connaissent la musique. A l'orchestre la sobriété, au piano l'espièglerie. Le premier mouvement, Allegro moderato tranche avec l'exposition habituelle des concertos pour piano. Ici, on a la piano solo, tout en intériorité qui joue seul, là où traditionnellement, le premier thème était exposé à l'orchestre. Schiff, dès le début est très appliqué, clair, net dans son phrasé. Il parvient à être chantant tout en demeurant rigoureux, son son est emprunt de douceur, cela s'entend encore davantage lors de la cadence, avec un bel usage de la pédale, un équilibre des plans sonores. Et tout au long de ce mouvement, l'écoute entre l'orchestre et le soliste se fait en bonne intelligence. Le dialogue du second mouvement, Andante, est un moment culte, et une des pages les plus connues du répertoire. L'orchestre devient un peu plus nerveux, semble manquer de poids et pourtant, la musique s'impose, l'émotion est là, ce dialogue déséquilibré au début, avec un piano craintif mais qui finit par s'affirmer. Enfin, le Rondo final étonne par son tempo un brin excessif. Mais que de beauté au piano, que de trilles et d'ornementations, que de rebond à l'orchestre qui tire ici avantage de sa légèreté, prenant ainsi le contrepied de la vision d'un Beethoven uniquement héroïque et véhément. Zinman a l'intelligence de suivre son pianiste qui vole et caresse son clavier dans une virtuosité qui fait monter sur un nuage. L'apparent manque de poids de l'orchestre offre une cohérence louable avec le jeu du soliste. Après une ovation bien mérité; Andras Schiff est de retour pour un bis en forme de cadeau fantastique. Rien de moins que la Partita pour clavier n°1 en si bémol majeur BWV 825 de Bach. Il en offre les trois dernières danses (Menuet I et II, Gigue) dans une interprétation exceptionnelle, pleine de clarté, d'équilibre entre les mains, de polyphonie et de danse. Schiff référence du piano, chez Bach comme chez Beethoven. Un concert de très bonne facture avec de belles découvertes.

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