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Publié par andika

Maxim Vengerov était l'invité de l'Orchestre national de France cette semaine à la Maison de la radio. Après le concert du jeudi 3 mai, consacré au concerto pour violon de Tchaïkovski, il était de retour ce dimanche 6 mai pour jouer le Concerto pour violon en la mineur BWV 1041 de Bach, ainsi que la Symphonie n°10 de Dmitri Chostakovitch, éminent compositeur soviétique.

Vengerov, on connait bien entendu le violoniste virtuose, on connait moins le chef qui est pourtant tout aussi intéressant. Être chef d'orchestre, ce n'est pas que diriger. Non, c'est aussi choisir le programme. Et le programme concocté par Vengerov était d'une grande qualité, opposer Bach et Chostakovitch n'est pas forcément une évidence mais cette opposition permet de clairement faire ressortir les caractéristiques de chacune de ces musiques. Orchestre réduit chez Bach là où il est fourni chez Chostakovitch. Harmonie parfaite chez Bach confronté aux dissonances. Sérénité contre inquiétude.

Tout commence bien avec le concerto pour violon de Bach. Composé vraisemblablement en 1730 lorsque le compositeur est en poste auprès du Prince Léopold d'Anhalt-Köthen, il s'inspire du style italien de Vivaldi mais le fusionne avec le style allemand. Ce concerto a pour particularité de ne pas forcément requérir de chef et il est vrai que la direction de Vengerov était timide, tant il lui suffisait de jouer sa propre partie. Son son est une caresse, il est très souple, et sa virtuosité n'est plus à démontrer. Le chant est consacré et beaucoup de douceur ressort de l'orchestre dans ce premier mouvement sans indication de tempo. L'Andante se caractérise par la basse obstinée jouée par le violon, qui offre un vibrato qui n'a rien de malvenu ici et qui permet de dessiner un dramatisme contenu. Le finale, noté Allegro assai est une gigue endiablée dans la plus pure tradition de celles des suites de Bach. Une gigue fougueuse pour ne pas dire fugueuse, la fusion des différentes voix s'opère à la perfection. Les cordes de l'ONF parviennent à être très légères et Vengerov est virevoltant dans ce final dont on profite avec délectation. De quoi bien nettoyer les oreilles et les rendre fraîches pour la suite.

Après un court interlude pour permettre à tous les instrumentistes supplémentaires de venir sur scène, Vengerov revient, sans son violon mais avec une baguette. La Symphonie n°10 de Chostakovitch est la première qu'il compose après le décès de Staline, en 1953. Certaines personnes disent qu'il s'agit d'une description du petit père des peuples et des dégâts que son règne a fait subir à la Russie. Et il est vrai qu'à l'écoute de cette œuvre, on ne peut pas s'enlever l'idée que quelque chose de douloureux se joue. Dès les premières notes du Moderato, on ressent de l'inquiétude. La légèreté des cordes est à ranger aux oubliettes. Tout est lourd, implacable, articulé à outrance. Le thème commence aux cordes basses, on sent les contrebasses vibrer (étant placé à proximité). La musique est démantibulée, saccadée, elle révèle l'anatomie d'un monstre. Une immense machinerie se met en place. Des timbres sombres sont sollicités, tel le contrebasson et même lorsque la flûte solo intervient, c'est dans un registre peu lumineux et très grave. La direction de Vengerov est très intense, et la tenue de l'orchestre est irréprochable.  L'Allegro qui suit commence dans un tempo effréné, suffocant. Les cordes sont bondissantes, les dynamiques sont excellemment gérées et cela donne une atmosphère guerrière, folle. Un sentiment d'oppression ressort des cordes et des percussions et la fin brutale du mouvement ne le calme pas. C'est la musique du malaise, de la méchanceté. Les choses s'apaisent un peu dans l'Allegretto en III, le fameux thème DSCH (ré, mi bémol, do, si), construit avec le nom de Chostakovitch fait son apparition.Il devient une vraie rengaine et circule dans tout l'orchestre. On sent toutefois de la sécheresse aux cordes. Le IV noté Andante-Allegro amène enfin un peu de lumière (après un gros problème de projecteur), on sent de l'humour aux bois, un peu de couleur dans la musique pour respirer un peu après un ouvrage aussi harassant.

Symphonie intense, implacable, effrayante, elle crée le malaise mais fascine par son usage des timbres, pousse les instruments, utilise des accents funèbres que ne renierait pas Mahler. Symphonie peut-être moins dissonante que la 8ème, elle n'en demeure pas moins une claque qui a toute sa place dans le répertoire d'un orchestre. Formidable concert. Le public ne s'y trompant pas en ovationnant très longuement l'orchestre, le chef s'attardant longuement sur plusieurs pupitres, notamment les contrebasses. Vengerov nous a amené le meilleur de la Russie.

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