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Publié par andika

Le Gewandhausorchester Leipzig accompagné de son chef, Andris Nelsons, sont venus rendre visite au public parisien de la Philharmonie à l'occasion de leur tournée européenne, le jeudi 3 mai 2018.  Le Gewandhaus est le plus ancien orchestre municipal au monde, il a été fondé en 1743 par un groupe de seize musiciens philanthropes. Il a pour faits d'armes notamment d'avoir joué l'intégrale des symphonies de Beethoven du vivant du compositeur, ainsi que d'avoir eu pour chef Felix Mendelssohn, qui en avait d'ailleurs profité pour ressusciter la musique de Bach dans la ville de Leipzig. Sur une note plus politique, cet orchestre a décidément survécu à beaucoup de régimes, sachant qu'il se trouve en ex Allemagne de l'Est. Il est réputé comme l'une des meilleures phalanges du monde. Mais il s'agit aussi d'un orchestre ancré dans son temps, qui commande et crée sans cesse de nouvelles œuvres. Comme par exemple ce Chiasma de Thomas Larcher qui était au programme. Mais le passé était également bien représenté avec deux monuments du répertoire symphonique que sont la Symphonie n°40 de Mozart et la Symphonie n°6 "Pathétique" de Tchaïkovski.

Le Chiasma avait pour ambition de faire tenir tout un monde symphonique en dix minutes. Il est vrai que l'on explore des contrées lointaines, notamment avec l'usage de l'accordéon, instrument très inhabituel dans l'orchestre. Musique peu économe en effets, surtout au niveau des percussions et des cuivres, l'ensemble étant soutenu par une battu régulière et un geste très stable du chef. Une très belle entrée en matière.

L'effectif se réduit pour la 40ème de Mozart, plus de percussions, plus de trompettes, moins de cordes pour ce chef d’œuvres indémodable, composé en 1788 dans la tonalité de sol mineur. La légende dit que Mozart n'a jamais entendu sa symphonie jouée de son vivant, pourtant, il a pris soin de rajouter une section de clarinette dans une version ultérieure.. Tout de suite, le Gewandhaus frappe par la légèreté de ses cordes. C'est aérien, doux, inhabituel en comparaison aux phalanges parisiennes. Une caractéristique très marquée qui se prête bien au thème initial du Molto allegro. Cette légèreté des cordes va de plus en plus être en contraste avec une certaine acidité des cors et des bois, surtout dans le finale, Allegro assai. Les tempi choisis étaient toujours raisonnables, laissant ainsi le temps au chef de dessiner le son à sa guise, comme dans la gestion des contrastes de l'Andante. Andris Nelsons n'était pas économe en gestes, tantôt il s'accroupissait, tantôt ses expressions faciales indiquaient une marche à suivre, il mettait la main devant sa bouche, lâchait sa baguette. Une direction spectaculaire mais tellement habitée. Cela a notamment offert un moment délectable lors du menuet où le contrepoint était roi, et l'ambiance champêtre du trio, très sereine et colorée grâce aux bois. Un Mozart léger, festif. Cela s'entend, même si toutefois, la tristesse a aussi le droit de citer dans cette 40ème symphonie.

Tristesse retenue chez Mozart pour mieux exploser chez Tchaïkovski après l'entracte. La pathétique fascine, beaucoup de pathos, un langage élégiaque, la mort mystérieuse de son auteur neuf jours après sa création, lui qui avait versé tant de larmes lors de la composition, son programme secret, cette partition a tout pour alimenter la légende et les fantasmes. On est saisi immédiatement par la gravité de l'Adagio initial, une tension est là, sous-jacente avant de littéralement exploser dans la partie Allegro man non troppo de ce premier mouvement. Il s'agit d'une véritable convulsion, violente, méchante, les cordes ont davantage de poids ici, tandis que les cuivres grincent, d'une manière que ne renierait pas un Chostakovitch. L'Allegro con grazia an II offre une fausse joie, cette danse à cinq temps offre une légèreté factice qui dissimule mal une grande profondeur et une vraie tristesse. La fougue et la frénésie succèdent à cela lors du scherzo, il est temps ici de saluer la tenue exceptionnelle des cordes, la précision des attaques, le chant aux bois, la qualité des cuivres (malgré parfois un timbre assez spécial, surtout les cors) et surtout ces belles percussion qui brillent, notamment les timbales qui récupèrent le thème à la fin ! Enfin, le long abandon du final, les flûtes qui pleurent, les cordes qui se lamentent. Peuvent de mots peuvent décrire cette musique qui se ressent, qui s'écoute.

Un beau programme, un beau concert, un bel orchestre qui a gratifié Paris de sa visite et qui semble avoir (un peu trop) enthousiasmé le public.

 

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