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Publié par andika

Le concert du mercredi 9 mai 2018 de l'Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris ne s'est pas passé comme prévu lors de l'annonce de cette saison 2017/2018. En effet, la pianiste programmée était la célèbre Maria Joao Pires mais lorsqu'elle a annoncé sa retraite l'année dernière, il était clair qu'elle ne viendrait pas jouer le concerto empereur de Beethoven. Finalement, ça tombait pas mal pour moi, comme j'avais déjà eu droit à un empereur cette saison avec Bertrand Chamayou. Finalement, le programme de la soirée prévoyait le Concerto pour piano n°3 en do mineur de Beethoven, avec le pianiste Lars Vogt en remplacement de Pires et la Symphonie n°3 de Brahms. L'orchestre de Paris étant dirigé par son directeur musical, Daniel Harding.

Deux tubes du répertoire. Tout d'abord, le concerto dans cette sombre tonalité de do mineur, qu'on retrouve si souvent chez Beethoven. Composé entre 1800 et 1802, annonciateur du romantisme. La création de cette œuvre à Vienne en 1803 recèle une anecdote insolite, la partition de la partie soliste au piano n'était pas totalement terminée si bien que le tourneur de page était un peu désabusé, mais Beethoven au piano s'y retrouvait bien, jouant de mémoire sans difficultés sa partie. Tel n'a pas été le cas de Lars Vogt, malgré la présence de la partition sur tablette. Pourtant, tout avait bien commencé. Lors de la longue introduction du thème de l'Allegro con brio à l'orchestre, tout était parfait. Du caractère, du contraste dans les nuances, de la fougue, de l'énergie, des intonations très dynamiques. Daniel Harding avait tout bon dans sa lecture échevelée de Beethoven. Le pianiste a bien tenté de prendre la balle au bon avec de la force, mais au détriment de la clarté, de la subtilité. Son tempo était bizarre dans ce mouvement initial. On ne sentait pas un pianiste qui jouait au contraire, le pianiste travaillait. Peu de sensibilité. L'orchestre l'accompagnant du mieux possible. Mais l'aspect positif de l'interprétation de ce pianiste est qu'elle s'améliorait au fur et à mesure. Ainsi, le Largo était plus paisible. Bien entendu, la contrainte de la partition le commandait, notamment en terme de tempo. Le dialogue entre les bois et le piano donne l'impression que le temps est suspendu. Giorgio Mandolesi au basson et Vicens Prats à la flûte sont vraiment à saluer. Le pianiste finit de convaincre dans le Rondo. Il est enfin en phase avec la musique, son énergie est dosée, la technique très satisfaisante et l'envie de diriger l'orchestre le démange. Mais l'orchestre est déjà bien dirigé, Harding faisant ressortir des sonorités très intéressantes, notamment les trompettes. Le bis de Lars Vogt était un Intermezzo de Brahms où toute la sensibilité et surtout le toucher merveilleux du pianiste se sont enfin exprimés. Le son métallique du début était bien loin.

Après l'entracte, toujours du Brahms. La transition était parfaite, cette fois-ci, il s'agissait de sa troisième symphonie. Très connue, surtout pour son troisième mouvement entendu dans le film Aimez-vous Brahms ? Musique composée à l'été 1883 lors d'une croisière sur le Rhin, elle se démarque par la quiétude qu'elle exprime tout en montrant une intensité qui va croissante. Le premier mouvement, noté Allegro con brio se démarque par son aspect champêtre, chaleureux. L’ensemble est très coloré, les bois dominent, la petite harmonie est très en forme et la masse orchestrale impressionne, tant elle est domptée à merveille par le geste du chef qui est constamment précis et inspiré. L'Andante quant à lui respire l'équilibre, la quiétude, les musiciens s'écoutent, le son est aéré, léger. Le III, Pocco allegretto s'enchaine directement et offre un flux musical ininterrompu. Le thème circule au fur et à mesure des cordes à la flûte, puis au cor, au hautbois pour enfin revenir aux cordes, dans un tourbillon d'émotions.Enfin, l'Allegro final qui suit aussi directement tranche par son intensité, sa nervosité, les cordes prennent le dessus et montrent toute l'étendue de leur engagement, cohésion.

Pour une fois, en perspective de la prochaine tournée en Espagne de l'orchestre, Daniel Harding a gratifié le public de la Philharmonie d'un bis, composé par Elgar. Encore une musique magnifique pour une grande soirée. Lorsque l'orchestre de Paris joue comme ça, pas besoin d'aller regarder ailleurs car il est suffisamment généreux en terme de qualité musicale.

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